Lecture démographique et familiale des mentions relevées dans les BMS de Roscoff, du XVIIe au XVIIIe siècle
Kerguennec n'est, dans les registres paroissiaux, qu'un nom de lieu, répété au détour d'une naissance, d'un décès ou d'un mariage. Pourtant, à mesure que les mentions s'accumulent, le village prend corps. Derrière les quelques maisons, le manoir, les fermes et cette maison noble dont l'histoire reste à écrire, se dessine une petite communauté où les familles se succèdent, se rapprochent, se dispersent et parfois s'enracinent pour plusieurs générations.
Ces relevés, qui courent des premières décennies du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe, ne constituent pas un recensement exhaustif. Ils ne permettent donc pas de mesurer exactement la population de Kerguennec à une date donnée. Ils offrent cependant quelque chose de précieux : une succession de traces nominatives, grâce auxquelles on peut reconnaître les familles les plus présentes, discerner les lignées qui semblent attachées au lieu et entrevoir, derrière les actes, quelques fragments de leur existence.
Le village compte environ sept maisons, dont un manoir. À cette échelle, chaque famille durablement établie devait représenter une part sensible de la population. Une même maisonnée pouvait réunir plusieurs générations ; une naissance ne signifie pas nécessairement que l'enfant y grandirait, pas plus qu'un décès ne prouve que le défunt y avait vécu toute sa vie. Il faut donc distinguer les habitants vraisemblables des personnes simplement de passage, tout en gardant à l'esprit que les registres ne disent pas toujours où s'achevait la résidence et où commençait le voisinage.
Le XVIIe siècle : les premières familles se dessinent
Les premières mentions nous conduisent vers le manoir. Nicolas Godec et Marie Guével entretiennent un lien avec celui-ci, sans que les éléments disponibles permettent de préciser leur statut. En 1616, leur fils Hervé a pour marraine Catherine Bourlaudy. Celle-ci, avec son époux, a doté l'entrée du village d'un calvaire et réside dans la gentilhommière.
Ce détail est l'un des plus révélateurs de toute la série. Il associe un nom, une demeure et un geste durable dans le paysage. Le calvaire marque matériellement l'entrée de Kerguennec ; Catherine Bourlaudy et son époux appartiennent ainsi à la mémoire du lieu autrement que par une simple mention d'état civil. Le choix de Catherine comme marraine du fils de Nicolas Godec et Marie Guével suggère également l'existence de liens entre les habitants du manoir et d'autres familles du village. Il serait toutefois imprudent d'en déduire une relation de dépendance ou de parenté sans actes complémentaires.
Le milieu du siècle laisse une trace plus ténue : en 1652 meurt François, dit Yvon Moal. Puis, en 1666, Françoise Renée Le Mercier naît au manoir. Ces deux mentions, séparées de quatorze ans, ne suffisent pas à reconstituer une famille, mais elles rappellent que le manoir possède sa propre histoire, distincte de celle des fermes.
À partir des années 1670, les registres deviennent plus bavards. Les naissances se multiplient et, avec elles, les noms qui vont donner au village une véritable continuité familiale.
En 1676 naît Bertrand Marchic, fils de Noël et Marie Foustoul. L'année suivante, deux garçons sont signalés : Hervé Le Godec, fils de Nicolas et Marie Prigent, et Jean Henry, fils de Hervé et Marie Goulven. En 1680 viennent au monde Marie Madeleine Castel, fille de Vincent et Catherine Quéméner, et Yvon Le Roux, fils de Nicolas et Françoise Jacq. En 1682, Guillaume Créach naît d'Yvon et Catherine Laurens.
Ce sont encore des noms dispersés, mais certains vont bientôt revenir avec une insistance remarquable. Les Godec, les Créach et les familles qui leur sont associées apparaissent au premier plan. Ils semblent former une partie essentielle du peuplement de Kerguennec à la fin du siècle.
Les Godec : une présence qui s'affirme
Les Godec sont la famille la plus nettement identifiable dans cette première séquence. Jean Godec, fils de Guillaume et Marie Quené, naît à Kerguennec en 1684. Le couple donnera naissance à une demi-douzaine d'enfants dans les dix années suivantes. Ce seul renseignement suggère une maisonnée importante, installée suffisamment durablement pour que plusieurs naissances y soient enregistrées.
Une autre branche apparaît avec Marie Godec, fille de Guillaume et Marie Kerné, née en 1687. Elle meurt en 1690 ; sa mère, née Kerné ou Querné selon les graphies relevées, disparaît cinq ans plus tard, en 1695. La répétition des prénoms, les variantes orthographiques et les unions entre familles proches rendent la généalogie délicate, mais ne diminuent pas la valeur de ces mentions. Elles montrent au contraire combien les familles se recomposent et combien les femmes, par leurs mariages, relient les différentes branches.
En 1695 naît également Tanguy Godec, fils de François et Claudine Paul. L'année suivante, Jeanne et Madeleine Godec, jumelles ou du moins deux enfants nées à quatre jours d'intervalle selon la formulation des relevés, meurent toutes deux. Leur disparition presque simultanée rappelle une réalité démographique fondamentale de l'époque : la naissance ne garantissait nullement la survie, même dans une communauté où les familles avaient plusieurs enfants.
Les Godec sont encore présents à travers Nicolas Le Godec, né en 1698, tandis que les alliances avec les Prigent, les Kerné, les Paul, les Le Roux et d'autres familles contribuent à tisser le réseau local.
Leur présence ne se limite pas à un seul foyer. Plusieurs couples portant ce patronyme apparaissent dans des générations rapprochées. Il est donc vraisemblable que les Godec aient occupé une place importante dans le village, peut-être au sein de plusieurs maisons. Il serait cependant excessif d'affirmer qu'ils détenaient une part précise des sept habitations : les actes de naissance ne fournissent pas, à eux seuls, une répartition des logements.
Les Créach : une lignée promise à la durée
Les Créach se distinguent eux aussi dès la fin du XVIIe siècle. Guillaume Créach naît en 1682, Olivier en 1685 et François en 1689, tous trois fils d'Yvon Créach et de Catherine Laurens.
Cette succession, sur sept années, dessine le portrait d'un foyer fécond et durablement lié au lieu. La répétition des naissances est d'autant plus significative que les trois enfants sont explicitement rattachés au même couple. Elle permet de reconnaître une famille bien plus solidement qu'une mention isolée.
Les Créach prennent une importance particulière lorsque l'on suit le fil des générations jusqu'au XVIIIe siècle. Yves Créach, fils de Maudez Créach et Anne Le Roux, meurt à Kerguennec en 1789. Époux d'Isabelle Pronost, il est l'ancêtre d'une descendance qui, par la suite, s'alliera aux Derrien et occupera la petite ferme de Kerguennec jusqu'à votre arrivée.
C'est ici que la recherche généalogique rejoint l'histoire vécue. Entre les enfants d'Yvon et Catherine Laurens dans les années 1680 et Yves Créach mort en 1789, il reste des filiations à vérifier : les prénoms et les générations ne suffisent pas à établir chaque raccord. Mais la présence des Créach à plusieurs moments du siècle, puis la continuité de leur descendance dans la ferme, donnent à ce patronyme une portée particulière. Il ne s'agit plus seulement d'une famille aperçue dans les registres : c'est une lignée dont la mémoire rejoint encore celle de la maison.
Les autres foyers de la fin du siècle
Les Laurent constituent un autre groupe à suivre. Fiacre Laurent naît en 1685, fils de Jacques et Marguerite Henry ; Claude Laurent, de la même famille, naît en 1692. La proximité des dates et la répétition des parents indiquent un foyer stable. On retrouvera encore des Laurent au XVIIIe siècle, notamment Françoise Laurent, morte en 1792 après seulement deux années de mariage avec Yves Guéguen. Elle laisse un fils. Ce dernier détail, discret mais poignant, nous rappelle que les actes consignent aussi les conséquences immédiates d'une disparition : un enfant privé de sa mère, un jeune ménage brutalement interrompu.
Les Kerbrat apparaissent dès 1693 avec Alain, fils de Jean et Catherine Prigent, puis Hervé en 1696. Les Farrus, ou Pharus selon la variante relevée, sont représentés par Nicolas, né en 1699 de Jean Farrus et Françoise Kerbrat. Les Pronost entrent également dans le paysage familial, avec Guillaume, fils d'Yves et Marie Le Guen, né en 1697.
À ce stade, on voit se former non pas une population composée de familles indépendantes, mais un ensemble de maisons liées entre elles par les mariages et les naissances. Les Godec, les Créach, les Laurent et les Kerbrat sont déjà des noms récurrents. Les autres familles se greffent à ce réseau, parfois pour une génération seulement, parfois pour une durée plus longue que les relevés disponibles ne permettent de mesurer.
Le XVIIIe siècle : un village de familles entremêlées
Au début du XVIIIe siècle, les mentions deviennent plus nombreuses et permettent de suivre plusieurs lignées en parallèle. Le tableau qui se dessine est celui d'une petite communauté où les familles ne se renouvellent pas simplement par l'arrivée de nouveaux habitants : elles se prolongent aussi par leurs enfants, leurs alliances et leurs veuvages.
Les Kerbrat : une présence durable, mais des trajectoires inégales
Les Kerbrat forment l'une des lignées les mieux représentées. Paul Kerbrat naît en 1700 de François Kerbrat et Renée Toullec, mais mourra à Goellerien Izella, en Plougoulm. Ce déplacement au terme de sa vie invite à la prudence : être né à Kerguennec ne signifie pas y être resté. Il illustre précisément la différence entre l'origine d'un individu et son attachement durable à une maison.
Le couple Kerbrat-Toullec donne naissance à Catherine en 1703, François en 1704 et Marguerite en 1708. Une autre branche est représentée par Fiacre Kerbrat, dite « la jeune », née en 1708 de Jean et Anne-Corre. La précision « la jeune » est intéressante : elle suggère qu'il fallait distinguer deux personnes portant le même prénom, sans qu'on puisse en conclure davantage.
Les Kerbrat réapparaissent ensuite dans les alliances avec les Farrus, les Godec et les familles de la fin du siècle. En 1794 naît Thérère Marie Kerbrat, qui mourra en 1862 à Kerguennec. Cette dernière mention dépasse légèrement la période étudiée, mais elle est particulièrement parlante : elle rattache encore le patronyme au village au XIXe siècle. La longévité de cette présence familiale paraît donc plausible, même si les seuls actes cités ne permettent pas de démontrer une occupation continue d'une même maison.
Les Godec au cœur des alliances
Au XVIIIe siècle, les Godec ne disparaissent pas ; ils se fondent progressivement dans un réseau d'alliances plus vaste. François Tanguy naît en 1702 de Victor et Madeleine Godec. En 1707, Hierosme Tanguy naît de Vincent et Madeleine Godec, et en 1709, René Tanguy naît et meurt la même année, fils de ce dernier couple. Marie Olive Tanguy naît en 1710.
Les actes font donc apparaître Madeleine Godec comme un point de jonction entre le patronyme Godec et les Tanguy. En 1708, Vincent Isoré naît également de Nicolas et Marie Godec. Catherine Isoré, née en 1705 des mêmes parents, épousera Alain Tanguy. Ces unions ne prouvent pas à elles seules une cohabitation, mais elles montrent comment un petit nombre de familles pouvaient maintenir des liens serrés à travers plusieurs générations.
En 1721, Marie Guillemette Godec naît de Jean Godec et Anne Le Roux. Puis, en 1734, Cécile Godec, désignée comme venant de « Querguennec », épouse Hervé Guivarch. Six ans plus tard, en 1740, Marie Le Godec, elle aussi donnée comme étant de Kerguennec, épouse Nicolas Glidic. Elle est fille de François Godec et Catherine Bervoas.
Ces mentions sont précieuses parce qu'elles ne disent pas seulement qu'un enfant est né dans le village : elles attribuent explicitement une provenance à des femmes au moment de leur mariage. Dans une recherche sur l'attachement local, cette indication mérite un poids particulier. Elle montre que Kerguennec demeure un lieu d'origine reconnu, même lorsque les habitants se marient ailleurs ou s'apprêtent à rejoindre un autre foyer.
En 1746 meurent deux hommes portant le nom de Godec. Le premier, François Le Godec, est époux de Françoise Foustoul. Le second, François Godec, fils du couple Godec-Prigent, est veuf de Claudine Paul puis de Catherine Bervoas. Cette succession de mariages et de veuvages témoigne de la fragilité des ménages, mais aussi de la nécessité de reconstruire des foyers après la mort d'un conjoint. Dans une petite communauté, de telles unions pouvaient maintenir les liens entre familles autant qu'assurer la continuité domestique.
Les Tanguy, les Isoré et les Kerbiriou
Les Tanguy sont particulièrement visibles au début du siècle. Outre les enfants de Madeleine Godec, on trouve Pierre Tanguy, né en 1766 d'André et Barbe Marchaland. Leur présence s'étend donc sur plusieurs décennies, mais les filiations exactes restent à préciser avant de réunir toutes les mentions en une seule lignée.
Les Isoré apparaissent avec Nicolas et Marie Godec, parents de Catherine et Vincent. Nicolas Isoré meurt en 1711 ; il est expressément indiqué comme étant né à Kerguennec. Cette précision est importante, puisqu'elle distingue l'origine du défunt de son lieu de décès. Elle apporte un indice supplémentaire d'une implantation familiale antérieure à la date de sa mort.
Les Kerbiriou sont également à retenir. Sébastien Kerbiriou est cité en 1734 comme fermier. Il s'agit d'une des rares indications directes sur l'activité et le statut d'un habitant. Le mot « fermier » ne permet pas de savoir s'il exploitait une ferme en propriété, en location ou dans le cadre d'un autre arrangement, mais il établit clairement sa fonction agricole. Dans un village dont l'économie repose vraisemblablement en grande partie sur les terres environnantes, cette mention est plus instructive qu'une simple naissance.
Cabioch, Chapalain et les familles du milieu du siècle
Les Cabioch se multiplient dans les registres. François Cabioch naît en 1724 de Claude et Marie Godec ; il mourra à 49 ans. Marie Anne Cabioch naît en 1727 des mêmes parents, et Vincent Généreux Cabioch en 1729, lequel mourra à Ponplaincoët. François Cabioch, fils de Guillaume et Françoise Godec, naît en 1731.
L'ensemble souligne une nouvelle fois le rôle des femmes Godec dans les alliances du village. Les Cabioch peuvent être une famille durablement liée à Kerguennec, mais certains de ses membres meurent ailleurs, et les informations fournies ne suffisent pas à démontrer que toutes ces branches résidaient simultanément dans les quelques maisons du lieu.
Les Chapalain sont attestés avec Jean, fils de Jean et Anne Malgorn, né en 1726, puis Marie Anne, fille d'Olivier et Marie Louise Nicolas, née en 1749. Alexandre Chapalain, fils du même couple, meurt en 1758 ; un autre Alexandre naît et meurt en 1768. Ces deux mentions invitent à ne pas confondre les homonymes : elles peuvent correspondre à deux enfants distincts, morts à des dates différentes, et montrent combien les prénoms étaient réutilisés après un décès.
Les familles Le Gouriézec, ou Gouriézec, apparaissent elles aussi dans la durée. Marie Joseph Le Gouriézec naît en 1738 de Jean et Anne Lavel. Marie Josèphe Le Gouriézec meurt en 1760, épouse Séité, puis une autre mention signale le décès de Marie Josèphe Gouriézec à Kerguennec en 1780. Sans retour aux actes originaux, il faut laisser ouverte la possibilité d'homonymes ou de variantes dans la transcription.
Ces familles complètent le peuplement observé, mais leur présence est moins probante que celle des Godec ou des Créach pour établir un enracinement de plusieurs générations.
Les décès : ce que les registres révèlent de la fragilité des foyers
Les naissances sont nombreuses, mais les décès ponctuent constamment les généalogies. Plusieurs enfants meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte : Marie Castel, née en 1689, disparaît seize mois plus tard ; Jeanne et Madeleine Godec meurent à quatre jours d'intervalle en 1696 ; René Tanguy naît et meurt en 1709 ; Bernard de Kerscau, âgé de six mois, meurt à Kerguennec en 1748.
Ce dernier cas est particulièrement singulier. Bernard de Kerscau est le fils de René François de Kerscau, écuyer, et de Jeanne Françoise Colombier. Son décès dans le village fait apparaître, au milieu des familles paysannes, une famille de statut noble. Mais la mort d'un enfant dans une maison ne prouve pas que ses parents y résidaient ordinairement. Cette mention pourrait être liée à un séjour, à une parenté ou à une circonstance particulière. Elle ne suffit pas à identifier la maison noble évoquée dans la description du village, ni à la relier au manoir.
Les décès d'adultes racontent d'autres ruptures. Anne Level, épouse de Jean Gouriézec, meurt en 1708. Marie Nicol, épouse de Tanguy Mouster, meurt en 1752 ; son mari, veuf, disparaît en 1759. La mort de Marie Marguerite Gouriézec, épouse de François Séité, est signalée en 1760, de même que celle de Marie Josèphe Le Gouriézec, épouse Séité. La similitude des noms et des dates appelle ici une vérification attentive avant de décider s'il s'agit d'une seule personne mentionnée deux fois ou de deux femmes différentes.
En 1764 meurt Jeanne Le Godec, fille de Guillaume et Marie Kerné, veuve de Quillevéré puis de Nicolas Rolland. Née en 1685 et morte à Kerguennec à un âge avancé pour l'époque, elle incarne une forme remarquable de continuité. Elle a traversé près de huit décennies et deux veuvages. Son histoire permet de mesurer le temps long d'une vie, là où la plupart des autres noms ne sont visibles que quelques lignes dans un registre.
Enfin, en 1792, Françoise Laurent meurt après deux années de mariage, laissant un fils. La mention est brève, mais elle porte une émotion que le registre ne cherche pas à exprimer : une jeune femme disparaît, et un enfant reste. C'est l'une des rares anecdotes qui rendent perceptible, au-delà des lignées, la réalité humaine du village.
Les dernières décennies du siècle : les maisons continuent de se transmettre
À mesure que le XVIIIe siècle avance, les actes fournissent davantage de renseignements sur les familles, mais aussi des indices de mobilité.
Joseph Séité, né à Kerguennec en 1778, épouse Anne-Marie Corre en 1806. Le couple s'établit alors à Gardaléas. Son parcours illustre parfaitement la limite d'une étude fondée sur les lieux de naissance : Kerguennec est bien son origine, mais non le lieu de résidence de sa vie conjugale.
Pierre Cabioch et Anne Tanguy vivent à Kerguennec en 1785 avec leurs trois enfants. Voilà une indication d'une autre nature. Elle ne se borne pas à rattacher un enfant à un lieu ; elle identifie un couple et sa maisonnée. Elle permet d'imaginer une maison occupée par deux adultes et trois enfants, soit cinq personnes au moins, sans compter d'éventuels autres membres du foyer.
En 1786 sont mentionnés Jean Laurens et Marguerite Bernard. L'année suivante meurt Renée Rohou, veuve de Jean Daoulas. En 1792 naissent Sébastien Quéau, fils de Jean et Louise Bourhis, et Jean Nicol, fils d'Yves et Marguerite Guivarch. Ce dernier épousera Thérèse Kerbrat. En 1794 naît enfin Thérère Marie Kerbrat, qui mourra en 1862 à Kerguennec.
Les noms se renouvellent donc, mais certains continuent de se croiser. Les Guivarch, les Nicol, les Kerbrat, les Cabioch et les Laurens participent à la vie du village à la fin du siècle. Il n'est pas toujours possible de savoir si ces ménages occupent les mêmes maisons que leurs prédécesseurs. Néanmoins, la répétition des patronymes et les alliances montrent que Kerguennec ne se résume pas à un ensemble d'habitants interchangeables : il existe une mémoire familiale du lieu, portée par plusieurs générations.
Quelles familles paraissent les plus attachées à Kerguennec ?
Pour apprécier cet enracinement, il faut donner plus de poids aux familles qui apparaissent à plusieurs dates éloignées, aux personnes explicitement dites originaires du village, aux couples dont plusieurs enfants y naissent et aux lignées dont la présence est corroborée par des indications de résidence. Une naissance isolée, surtout lorsqu'elle est suivie d'un décès ailleurs, ne suffit pas.
1. Les Godec : le réseau familial le plus dense
Les Godec sont présents dès le XVIIe siècle, avec plusieurs branches, de nombreux enfants et des alliances répétées avec les Prigent, Kerné, Paul, Le Roux, Bervoas et Tanguy. Leurs mentions s'étendent sur plus d'un siècle. Ils semblent avoir occupé une place importante dans la communauté, même si les actes ne permettent pas de déterminer combien de maisons leur appartenaient ou étaient occupées par eux.
2. Les Créach : l'enracinement le mieux prolongé jusqu'à l'époque contemporaine
Les enfants d'Yvon Créach et Catherine Laurens naissent à la fin du XVIIe siècle. Yves Créach meurt à Kerguennec en 1789, et sa descendance, alliée plus tard aux Derrien, occupe la petite ferme jusqu'à votre arrivée. C'est le lien le plus fort entre les relevés anciens et l'histoire familiale de la ferme.
3. Les Kerbrat : une présence qui traverse les générations
Du XVIIe siècle à la naissance de Thérère Marie Kerbrat en 1794, puis à son décès à Kerguennec en 1862, le patronyme revient régulièrement. Certains membres quittent le village, mais la durée des mentions suggère une implantation familiale significative.
4. Les Laurent et Laurens : une présence ancienne et récurrente
Jacques Laurent et Marguerite Henry ont plusieurs enfants à la fin du XVIIe siècle. Les Laurent réapparaissent ensuite dans les actes, jusque dans le décès de Françoise en 1792. La continuité est plausible, mais les liens exacts entre les différentes mentions demandent encore à être établis.
5. Les Tanguy et les familles alliées : une implantation à travers les mariages
Les Tanguy apparaissent à plusieurs périodes, souvent liés aux Godec. Les Isoré, les Cabioch et les familles qui leur sont apparentées participent également à ce réseau. Leur présence est notable, mais les informations disponibles permettent moins sûrement d'affirmer qu'ils occupaient durablement une maison précise.
Ce classement distingue deux réalités. Les Godec paraissent constituer la famille la plus fortement représentée dans les actes eux-mêmes. Les Créach, en revanche, bénéficient d'une continuité historique particulièrement convaincante, puisque vous connaissez la suite de leur histoire et leur occupation de la ferme. Les Kerbrat viennent ensuite par la répétition des générations. Laurent et Tanguy complètent le groupe des familles qui semblent appartenir durablement au paysage humain de Kerguennec.
Il faut toutefois éviter de confondre fréquence des mentions et importance économique. Les Godec apparaissent souvent parce que leurs enfants sont nombreux et leurs alliances multiples ; cela ne prouve ni une richesse supérieure ni la possession de plusieurs maisons. De même, un patronyme peu cité peut correspondre à une famille qui a vécu longtemps au village mais dont les événements ont été enregistrés ailleurs.
Les familles probablement de passage, ou dont l'attachement reste incertain
Plusieurs personnes ne doivent pas être considérées d'emblée comme des habitants permanents.
Paul Kerbrat, né à Kerguennec en 1700, meurt à Goellerien Izella, en Plougoulm. Son origine est certaine dans le relevé, mais sa résidence ultérieure est ailleurs. Joseph Séité, né en 1778, quitte également le village après son mariage en 1806 pour s'établir à Gardaléas. Vincent Généreux Cabioch meurt à Ponplaincoët. Ces trajectoires attestent des déplacements entre paroisses et villages, sans que l'on puisse toujours en reconstituer les circonstances.
Le cas de Bernard de Kerscau doit être traité séparément. Le titre d'écuyer de son père et la mention du décès d'un enfant de six mois à Kerguennec indiquent un lien avec le lieu, mais pas nécessairement une implantation durable. Il en va de même pour les noms isolés, tels que Marchic, Henry, Pronost, Quéau ou Mesmeur, lorsqu'une seule naissance est connue. Ces familles ont pu être établies dans le village ; elles ne peuvent simplement pas être classées avec la même assurance que les Godec ou les Créach.
Quant au manoir et à la maison noble, les registres suggèrent un milieu social distinct, mais encore mal documenté. La marraine Catherine Bourlaudy, qui réside dans la gentilhommière et a fait ériger un calvaire avec son époux, est le personnage le plus tangible de cette histoire. Françoise Renée Le Mercier, née au manoir en 1666, apporte un autre indice. Enfin, les Kerscau rappellent qu'une famille noble a pu avoir des liens avec le village. Mais aucun de ces éléments ne suffit à reconstituer la succession des propriétaires, l'étendue du domaine ou la fonction exacte de la maison noble.
Ce que l'on peut déduire de la démographie
Sept maisons constituent un cadre très réduit. Les registres font apparaître, sur plusieurs générations, des naissances rapprochées, des fratries nombreuses, des remariages et des décès précoces. On peut en tirer quelques conclusions raisonnables.
D'abord, Kerguennec paraît avoir été un village à forte continuité familiale. Les enfants naissent dans des foyers dont les patronymes réapparaissent ensuite dans les générations suivantes. Les mariages entretiennent un réseau de parenté resserré, dans lequel les mêmes familles se retrouvent régulièrement.
Ensuite, les fratries de plusieurs enfants sont bien attestées. Les Godec, les Créach et les Kerbrat illustrent cette fécondité. Mais le nombre de naissances ne doit pas être confondu avec la croissance de la population : les décès en bas âge, les départs au mariage et les migrations pouvaient compenser une partie des naissances.
Enfin, le village n'est pas fermé sur lui-même. Les départs vers Plougoulm ou Gardaléas, les décès enregistrés à Ponplaincoët et les unions avec d'autres familles montrent que Kerguennec participe à un espace rural plus large. Les familles y prennent racine sans nécessairement y demeurer toutes leur vie.
Il serait imprudent d'estimer un nombre exact d'habitants à partir de ces seuls relevés. Le fait que sept maisons soient mentionnées dans la description du village ne signifie pas que chacune corresponde à un seul foyer nucléaire. Une maison pouvait abriter plusieurs générations, tandis qu'une naissance enregistrée à Kerguennec pouvait concerner une famille temporairement présente. Sans dépouillement exhaustif des baptêmes, mariages et sépultures, ainsi que sans données fiscales ou foncières, toute estimation chiffrée de la population serait fragile.
Une mémoire faite de pierres, de noms et de départs
Au terme de ces deux siècles, Kerguennec apparaît moins comme un simple hameau de sept maisons que comme un petit monde de parentés.
Le manoir en forme le point le plus anciennement visible, avec Catherine Bourlaudy et le calvaire qui marque l'entrée du village. Autour de lui, les Godec occupent une place centrale dans les registres, par le nombre de leurs enfants et la diversité de leurs alliances. Les Créach dessinent une autre histoire, plus étroitement liée à la transmission d'une ferme, jusqu'à Yves Créach, mort en 1789, puis à sa descendance alliée aux Derrien. Les Kerbrat, les Laurent et les Tanguy forment d'autres fils de cette trame, qui se croisent au gré des naissances, des mariages et des deuils.
Les actes conservent aussi les accidents de la vie : des enfants qui meurent avant d'avoir grandi, des veuves qui se remarient, une jeune mère qui laisse un fils, un enfant noble mort à six mois, un homme né au village qui finit ses jours ailleurs. Ces détails donnent aux noms leur épaisseur humaine. Ils montrent que l'attachement à un lieu n'est pas toujours une résidence continue : il peut survivre dans la mémoire familiale, dans les alliances ou dans la transmission d'une exploitation.
La petite ferme des Créach offre à cet égard un point d'ancrage exceptionnel. Là où les registres ne donnent que des fragments, la continuité connue de la descendance permet de relier l'histoire du hameau à celle de ses occupants. La ferme devient ainsi le témoin matériel d'une histoire dont les archives n'ont conservé que des morceaux.
Il reste beaucoup à découvrir, en particulier sur le manoir, la maison noble et la répartition exacte des foyers. Mais une première conclusion se dégage : les Godec sont la famille la plus présente dans les mentions anciennes, tandis que les Créach représentent la continuité la plus directement reliée à l'histoire de votre ferme. Autour de ces deux lignées se déploie un ensemble de familles alliées qui, pendant près de deux siècles, ont fait de Kerguennec un lieu de naissance, de mariage, de travail et de mémoire.
XVIe siècle
Jehan Cadoux, attesté en 1524 dans un échange de terrain – Yves Souriman, époux d'Anna Treut, meurt à Kerguennec en 1558.
XVIIe siècle
Nicolas Godec et Marie Guével ont un lien avec le manoir de Kerguennec. Quand naît leur fils Hervé, en 1616, c'est Catherine Bourlaudy la marraine. Avec son époux, elle a doté l'entrée du village d'un calvaire et réside dans la gentilhommière– 1652 : mort de François dit Yvon Moal – Françoise Renée Le Mercier naît au manoir en 1666 – 1676 : naissance de Bertrand Marchic, fils de Noël et Marie Foustoul. – Hervé Le Godec naît en 1677 de Nicolas et Marie Prigent. – Jean Henry naît en 1677 de Hervé et Marie Goulven.– Marie Madeleine Castel naît à Kergennec en 1680 de Vincent et Catherine Quéméner. – Yvon Le Roux naît en 1680 de Nicolas et Françoise Jacq. – 1682 : naissance de Guillaume Créach, d'Yvon et Catherine Laurens – Jean Godec, fils de Guillaume et Marie Quené naît à Kerguennec en 1684. Les mêmes vont donner naissance à une demi-douzaine d''enfants dans les dix ans qui suivent – 1685 : aissance d'Olivier Créach, d'Yvon et Catherine Laurens.– Jeanne Le Godec (1685-1754), née et décédée à Kerguennec. – Fiacre Laurent naît en 1685 de Jacques et Marguerite Henry – 1687 : naissance de Marie Godec, fille de Guillaume et Marie Kerné (Querné). – 1689 : naissance à Kerguennec de François (Le) Créach, fils d'Yvon et Catherine Laurens. – 1689 : naissance de Marie Castel, de Vincent et Catherine Quéméner, elle meurt 16 mois plus tard. – Marie Godec y meurt en 1690. Sa mère née Kerné, la suit cinq ans plus tard. – Claude Laurent (Laurens) naît en 1692 de jacques et Marguerite Henry. – Alain Kerbrat né en 1693 de Jean et Catherine Prigent. – Tanguy Godec naît en 1695 de François et Claudine Paul. – 1695 : mort de Marie Kerné (Querné), épouse de Guillaume Le Godec – 1696 : naissance d'Hervé Kerbrat, du couple Kerbrat-Prigent – Jeanne Godec et Madeleine Godec, naissent en 1696 de François et Claudine Paul. Elles meurent à quatre jours. – 1697 : naissance de Guillaume Pronost, d'Yves et Marie Le Guen.– Nicolas Le Godec naît en 1698. – Nicolas Farrus (Pharus) y naquit en 1699 de Jean Farrus et Françoise Kerbrat. –
XVIIIe siècle
Paul Kerbrat y est né en 1700 de François Kerbrat et Renée Toullec. Il mourra à Goellerien Izella, Plougoulm. – François Tanguy naît de Victor et Madeleine Godec en 1702. – Catherine Kerbrat naît en 1703 du couple Kerbrat-Toullec – François Kerbrat naît en 1704 du couple Kerbrat-Toullec. – Catherine Isoré naît en 1705, de Nicolas et Marie Godec, elle épousera Alain Tanguy. – Naissance en 1706 de Jeanne Farrus, du couple Farrus-Kerbrat. – 1707 : naissance de Hierosme Tanguy, de Vincent et Madeleine Godec. – Naissance de Marguerite Kerbrat en 1708 née de François et Renée Toullec – Fiacre Kerbrat la jeune nait en 1708 de Jean et Anne-Corre – 1708 : mort d'Anne Level, épouse Jean Gouriézec. – 1708 ; naissance de Vincent Isoré, fils de Nicolas et Marie Godec. – 1709 : naissance et mort de René Tanguy, fils de Vincent et Madeleine Godec. – 1710 : naissance de Marie Olive Tanguy, fille de Vincent et Madeleine Godec.– 1711 : mort de Nicolas Isoré, dit né à Kerguennec. – Marie Guillemette Godec naît en 1721 de Jean Godec et Anne Le Roux,.– 1723 : mort de André Lavis, 1 mois, fils de André et Jeanne Godec. – 1724 : naissance de François Cabioch, de Claude et Marie Godec, il mourra à 49 ans. – Jean Chapalain, fils de Jean et Anne Malgorn naît en 1726.– 1727 : naissance de Marie Anne Cabioch, fille Claude Cabioch et Marie Godec.– 1729, naissance de Vincent Généreux Cabioch, de Cmaide et Marie Godec, il mourra à Ponplaincoët/ – 1731 : naissance de François Cabioch, de Gillaume et Françoise Godec. – Sébastien Kerbiriou est cité en 1734 comme fermier – Cécile Godec, de « Querguennec » épouse en 1734 Hervé Guivarch. – 1735 : naissance d'Yves Grall, de Tanguy et Catherine Saillour. – 1738 : naissance de Marie Joseph Le Gouriézec, fille de Jean et Anne Lavel. – Marie Le Godec, de Kerguennec, épouse en 1740 Nicolas Glidic, elle est fille de François Godec et de Catherine Bervoas. – 1746 : mort de François Le Godec, époux de Françoise Foustoul, mort d'autre François Godec, fils du couple Godec-Prigent, veuf de Claudine Paul puis de Catherine Bervois. – 1748 : Bernard de Kerscau mourut à Kerguennec en 1748, il avait six mois. Son père était René François de Kerscau, écuyer, sa mère Jeanne Françoise Colombier. – 1749 : naissance de Marie Anne Chapalain, fille d'Olivier et Marie Louise Nicolas. – Mort de Marie Nicol en 1752, fille de Jacques et Claudine Jacq, épouse de Tanguy Mouster, – 1758 : mort d'Alexandre Chapalain, fils d'Olivier et Marie Louise Nicolas, naissance d'Yves Nicol, fils de d'Hervé et Marie Moncus, il épousera Marguerite Guivarch.. – 1759 ; mort de Nicolas Rolland, époux de Jeanne Le Godec qui décède à Kerguennec cinq ans plus tard. – 1759 : mort de Nicolas Rolland, époux de Jeanne Le Godec, mort de Tanguy Mouster, fils de François et Marie Morvan, veuf de Marie Nicol. – 1760 : naissance de Marguerite Guivarch, fille de 1760 : mort de Marie Marguerite Gouriezec, épouse de François Séite, – 1760 : mort de Marie Josèphe Le Gouriézec, épouse Séité. –1768 : naissance et mort d'Alexandre Chapalain fils de Olivier et Marie Louise Nicolas. – 1764 : Mort de Jeanne Le Godec, fille de Guillaume et Marie Kerné, veuve Quillevéré et Nicolas Rolland. – 1766 : naissance de Pierre Tanguy, fils d'André et Barbe Marchaland. – 1770 environ, naissance de Marie Olive Péron, fille de André Marie Guillemette Kerbiriou. – 1774 : naissance d'André Glidic, de Claude et Marie Cabioch. – Joseph Séité est né à Kerguennec en 1778, marié à Anne-Marie Corre en 1806. Le couple s'établit alors à Gardaléas. – Marie Josèphe Gouriézec meurt à Kerguennec en 1780. – 1781 : naissance d'Anne Mesmeur, de Christien et Marie Charlotte Lenes. – 1783 : naissance de Joseph Daniélou, fils de Guillaume et Marie Séité.– Pierre Cabioch et Anne Tanguy en 1785 vivent à Kerguenec avec leurs trois enfants. – Jean Laurens et Marguerite Bernard en 1786,. – Mort de Renée Rohou, veuve Jean Daoulas, en 1787. – Naissance de Sébastien Quéau en 1792 fils de Jean et Louise Bourhis, décès de Françoise Laurent, fille de Jean et Jeanne Tanguy, épouse depuis deux ans de Yves Guéguen, elle laisse un fils, naissance de Jean Nicol fils d'Yves et Marguerite Guivarch, il épousera Thérèse Kerbrat. – 1794 : naissance de Thérère Marie Kerbrat, décédée en 1862 à Kerguennec.