Né à Roscoff vraisemblablement selon Louis Le Guennec le 16 avril 1605 d'Alain Quiquer et de Jeanne Jirou, Guillaume Quiquer passe sa jeunesse au cœur d'une cité maritime alors en plein essor économique. Bien que les détails de sa vie privée et de sa formation demeurent largement méconnus, son profil laisse deviner un homme lettré, probablement lié au milieu du négoce ou des affaires maritimes, doué d'un sens aigu de la transmission linguistique. Loin d'être un universitaire ou un théologien comme la plupart des auteurs bretons de son temps, il s'illustre avant tout comme un passeur de langues pragmatique, soucieux de jeter des ponts entre la Basse-Bretagne et le reste du monde.
Sa contribution majeure à la culture bretonne voit le jour en 1626, lorsqu'il confie à l'imprimeur morlaisien Georges Allienne la publication de son chef-d'œuvre : le Dictionnaire et Colloques François et Breton. Inspiré de manuels de conversation polyglottes alors très populaires en Europe, cet ouvrage de poche novateur délaisse la théorie pour proposer des listes de vocabulaire thématique et des dialogues de la vie quotidienne. Conçu pour être réversible, ce guide pratique sert aussi bien aux marchands extérieurs de passage qu'aux Bretons désireux de s'initier au français. Quelques années plus tard, en 1633, il complète son œuvre linguistique en adaptant en breton le Nomenclator, un autre dictionnaire thématique alors de référence.
Bien que Guillaume Quiquer s'éteigne discrètement dans la seconde moitié du XVIIe siècle, son œuvre lui survit de la plus éclatante des manières. Ses Colloques deviennent un véritable phénomène éditorial et commercial, s'imposant comme le plus grand best-seller de l'édition en langue bretonne pendant près de trois siècles. Au fil des générations, les imprimeurs se transmettent les précieux bois gravés et les droits de l'ouvrage. C'est ainsi qu'au XVIIIe siècle, les ateliers typographiques de Quimper prennent le relais pour répondre à une demande jamais tarie, donnant notamment lieu à la fameuse réédition quimpéroise de 1738. En 1862, Troude et Milin en réalisent une version modifiée dont la réédition perdurera jusqu’en 1914. L'ouvrage connut aussi une version vannetaisede la fin du XVIIIe jusqu’en 1911.À travers ces dizaines de tirages posthumes, le nom de Quiquer est resté gravé dans l'histoire comme celui qui a mis la langue bretonne à la portée de tous.