Variations sur le nom des Creach

 

Au Minihy  les plus anciens registres de baptêmes remontent à 1565 et l'on rencontre le nom sous différentes variantes: Chneach, An Kneach...

A Plougoulm, le 18 août 1585, François Le Rest et sa femme, Anne Créac'h, passent avec le recteur Pierre Mazéas, un contrat pour être inhumé dans l'église et y avoir un enfeu, niche plate creusée dans le mur, comme on en voit dans les cathédrales. Le couple souhaite que leurs deux pierres tombales soient au chœur de l'église, entre les tombes des seigneurs de Kerautret et de Marquès à droite et celle des seigneurs de Kerguiduff à gauche. Ce droit d'enfeu est payé par une parcelle de terre de quatre sillons au terroir Hent-an-Illiz, entre les terres du seigneur de Kerazret et celles de noble Guillaume Trédern, seigneur de Lézérec. Anne Créanch lègue aussi à la fabrique«pour assiette à perpétuité d'une garcée de froment, mesure rache de St-Paul.»Plougoulm comptera un vicaire sous le nom de Créach, mort en 1889.

Mais revenons aux registres de Saint-Pol. : Anna Créach, née le 2 octobre de Filipi. Marguerite Créach apparaît en 1603 de Yannick, viennent aussi François et Philippe. Suivent Marie Créach en 1605, Jeanne Créach en 1607... Des milliers de Créach jusqu'à nos jours.

Le 21 février 1658, un Charles Créach et la seigneurie de Kerrazret effectuent une donation de trois sillons au terroir de Guemer envers l'église de Plougoulm.

Le 29 mai 1662, trois Créach sont parmi les seize victimes d'un naufrage. «Faisant, écrit le prêtre, le voyage de ND-de-Callot par mer. Y mourure pendant déplorable naufrage. Leur corps fut enterré party à Roscoff, party en l'église ND-de-Creisquer.» Les victimes? Marye Créach, de la paroisse de Toussaints, mise en sépulture le 21 juin, Lorans Penfentenyou, son beau-frère. De la même paroisse, on déplore la disparition de Hervé Daridon,  d'un Mazéas et Jeanne Breton, sa fille, de Marie an Avel. Morts encore dans le chenal de Léon Guillemette Créach, de la paroisse de Crucifix-des-Champs, ses deux enfants, Hamon Créach et Françoise Cocaign, mis en sépulture le 31 mai.

Dans la paroisse de Crucifix-devant-le-Trésor sont pleurés Claude Le Lizrin et Marie Perrot, sa femme, Hervé Lizrin, son frère jeune homme, Hervé Alain et son fils âgé de 15 ans, Louise Dilacer, une jeune fille.

Toujours en 1662, entre Penpoul et Callot, il est encore fait état de la disparition de noble homme Jean Helleau, seigneur de Bourrapa et de sa femme, Yvonne Maître1 Quatre ressortissants de Plougoulm sont parmi les victimes.

Nombreux sont les naufrages déplorés lors du pardon consacré à Marie dans cette chapelle insulaire. En 1845, Alexandre Lédan, libraire et poète morlaisien publiera cette cantilène bretonne: «Gwerz nevez var sujet un malheur horrupt erruet er rad Montroulez toot da gastel ar toroar zul 17 eus vis eost 1845 deis pardon an Itron Varia a Gallot.» Complainte nouvelle au sujet d'un horrible malheur survenu dans la baie de Morlaix près du château du taureau le dimanche 17 mai 1845, jour du pardon de Marie a Callot.

Le beau-frère de Marye Créach dont il est question dans le naufrage de 1662, Lorans Penfeutenyou, est-il Laurent de Penfeunteniou, seigneur de Villeneuve, marié à Anne Simon. Les Penfeunteuniou sont l'une des plus anciennes familles nobles de Bretagne dont le berceau se situe non loin de Kerhoant, à Kermorus. Le père de Laurent est Nicolas, écuyer, seigneur de Villeneuve, en la paroisse de Plouvien. Laurent a d'Anne Simon un seul fils, François, qui lui même aura deux enfants de son mariage avec Anne de Portzmoguer mais dont on ne sait quel fut le destin après la réformation de 1670.

Au Conquet, en 1690, les décrets sont publiés pour le mariage de Françoise Créach, la fille de Jacques et Guillemette Rivoalen.2

Nombre de Créach seront mêlés aux affaires de justice. Jean Créach, général des paroissiens de Landunvez, s'oppose à son recteur au sujet des réparations du presbytère en 1694. Gouverneur de la trêve de Lochrist, en Plougonvelin, Laurent Créach va contre Marie Le Diouguer. Louis Créach, lui, a maille à partir avec le tuteur des héritiers de la dame de Kervéguen. Ailleurs, les fermiers des devoirs s'en prennent à Marie Créach, la femme de Pierre Sauret, absent au service du Roi.3

Au XVIIIe siècle, des titulaires du nom sont recensés à Beuzec, Saint-Pol-de-Léon et Quimper.4 En 1703, Catherine Marzin, femme Tanguy Créach, engage quelque requête.5 On a conservé aux archives du Finistère les minutes de 1704 à 1732 d'un notaire royal de Lesneven, Me Yves Le Créach.

1732: Prigent Créach, teinturier et tisserand de profession, à Morlaix, est accusé de vols de hardes et d'argent, la nuit, avec effraction, et condamné à dix ans de galère.6

4 octobre 1757: Marie Le Créach intervient dans une sentence concernant la vente d'un terrain par la veuve Jégou au sieur Dupont Bodelio.7

En 1760 meurt à l'hôpital de Fort-Royal, aux Indes, Christophe Créach, matelot sur les vaisseaux du Roi. A Lampaul-Plouarzel sont apposés les scellés. On inventorie et vend ses meubles.8

En 1774 est accueilli parmi les notaires Pierre Créach à qui, un an plus tard, sont accordées les provisions. Avocat au parlement, notaire royal, procureur fiscal de la juridiction de Saint-Mathieu et armateur avisé. Cette dernière fonction lui vaut d'être opposé, en 1784, à Joseph Cornic, de Poulloupry, en Porspoder.9 Comptant parmi les notabilités du Conquet, il est nommé représentant de la commission intermédiaire des états. Autrement dit chargé de fournir aux troupes les prescriptions qui leur sont dues. Par tradition, les militaires contestent son honnêteté. Pierre Créach sera électeur départemental du Finistère en 1790,

Des Créach, on en retrouve jusque sur l'île Molène. Nicolas, 35 ans, et Michel, 57, figurent parmi les neuf noyés du naufrage d'un bateau parti récupérer l'ancre d'un navire hollandais le 27 décembre 1780. En 1760 y est morte sur l'île une Anne Créach, signalée pour être octogénaire. Le nom est souvent porté dans la galerie des glorieux sauveteurs en mer. Michel Créach, de Cléder, se distingue en 1866. Un autre, de Plougoulm, est médaillé en 1875. Tout comme Paul Créach, canotier du bateau de Roscoff. A Cléder naîtra aussi un romancier, Joseph Créach10, auteur de Maudez le Léonard, livre racontant la vie d'un matelot de la Royale dans le Brest du Second Empire. «Mes ancêtres vinrent du pays de Galles au pays de Léon au Ve siècle, écrit-il. Depuis, il ne bougèrent de leur terre. Maudetz fut le premier à la déserter pour la ville.» Des études au collège de Quimper et chez les Salésiens de Dom Bosco, à Marseille, Joseph Créach a mené, de 16 à 30 ans, une vie tumultueuse. Vendant des faux cols, des tissus, des doublures, donnant dans l'assurance maritime, se faisant musicien. Puis, à Paris, instituteur sans diplômes. Découvert par François Le Grix, c'est tardivement qu'il écrit à 60 ans son premier roman expulsé comme un long poème en prose exaltant la fibre bretonne. Il est mort en 1933 à l'âge de 63 ans.

En 1885 se marie à Toulon un Olivier Créach, né à Milizac, fils du cantonnier de Trébabu, employé de commerce, avec Marie-France Le Saux.

En 1932 est publié à Brest des poèmes de Louis Créac'h. En avril 1947, un Jean-Marie Créach donne au studio des Champs-Elysées une pièce intitulée Le juge et fortement influencée par Lorca dont il fut le traducteur pour La maison Bernarda.11

A Saint-Pol-de-Léon, trois Créach se font remarquer à la fin du XIXe siècle. L'un, zouave pontifical, est blessé à Monte-Rotondo en 1875.12 Un autre, éleveur, s'attribue un prix au concours hippique de Vannes en 1892. Un dernier, issu de Kerhoant, est maire de Saint-Pol. On se doit d'ajouter l'existence de Anne-Marie Créach, née le 11 mars 1851 au manoir de Kergréac'h. Eduquée aux Ursulines, elle est admise au noviciat le 10 août 1874 et prononce ses vœux deux ans plus tard. Une santé frêle, mais un fort tempérament, Mère Marie de Gonzague Créac'h est nommée supérieure en 1890. En 1906, elle quitte la communauté pour le Provincialat puis la Maison généralice. Prieure des Ursulines de Tournai-Saint-Omer; on la retrouve déléguée au chapitre général en 1910. Les mère capitulante l'élisent assistante générale et elle excelle comme auxiliaire dans le gouvernement de l'institut. «Le bon Dieu m'envoie à Rome pour me préparer à la mort», prédit-elle alors.En février 1911, Mère Marie de Gonzague Créac'h ressent les premiers symptômes de la pleurésie. L'année suivante, elle passera l'été dans la communauté saint-politaine réfugiée alors au château de Montignies, dans l'Héraut. Les opérations crucifiantes, les neuvaines importunant le ciel n'y feront rien. Anne-Marie Créach va mourir le 15 janvier 1913, à 3 h 30, bénie du Pape, extrémisée par le chanoine Goulven.

 

Louis Le Guennec gardait aussi une coupure de presse datée de 1933 titrée «Nos vétérans» dans la chronique de Sibiril. Le portrait d'un homme au front dégarni, le visage encadré de favoris et d'un nœud papillon est ainsi titré: M. Créach François, 85 ans cultivateur au village de Kerhuilec, en Sibiril, qui a fait la campagne de 1870-1871, titulaire de la carte du combattant».

 

1Il blasonne de gueule à la fasce ondée d'or accompagnée de six besants de même. Originaire de Helleau, la famille remonte à Jean Helleau, vougier en 1443 et 48.
2
3B 1338, 1472, 1922 et 2085.
4
5B 1374.
6
7B 1262.
8
9B 1855, 1679 et 2491.
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11Thierry Maulnier lui consacre un article dan <Le Spectateur> du 8 avril 1946. ADF 97 J 1561.
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