La gwerz de Ponplencoët

Il se chantait jadis une gwerz sur Pontplencoët. Un seigneur, ou dit-on encore une mère, exhorta un jour sa fille, Marguerite, à épouser le seigneur de Pontpleincoët, "qui, lui assurait-elle, est à mon avis un bon veuf. Il a un château et des terres. Tu seras l'une des dames les plus riches et les plus considérées de la région.

– Si vous me conduisez à Pontplencoët, adieu à la danse ets aux ébats. Adieu aux joies du monde. Adieu à tous les plaisirs."

Pleurant celui qu'elle aime vraiment, la fiancée vécut trois mois de liesse avant de convoler. Elle se grisa de banquets en bals, visitant toute la noblesse. Mariée, elle s'était faite à sa nouvelle vie quand arriva à Pontplaincoët un cavalier. Le seigneur du lieu était convoqué aux Etats. Il quitta alors le chateau...

Et voilà Marguerite malade. De Rennes, l'époux s'inquiète pour la santé de sa femme. En rêve, ne la voit-il pas en couche depuis trois jours et trois nuits. Au page qui tente de le rassurer, le seigneur ordonne d'atteler son carrosse. Au perron de Pontplencoët, la servante lui confirme ses craintes. "Madame est en peine d'enfants depuis trois jours!..."

Au chevet de la pauvre parturiente, l'homme tente de la rassurer. Toute la noblesse accourt. La marraine de l'enfant, assure-t-il, sera la fille du roi. Le parrain, le fils du palatin.

"Mais, soupire l'agonisante, nul prince ne saurait lui rendre le coeur joyeux si ne le peut son mari ou son frère, l'évêque de Léon." On le fit mander. A son arrivée, la baronne demande à se rendre à la tonnelle. Là, elle offre à son mari un bouquet de trois plantes à l'amère parfun: chagrin, mélancolie, tourment. Puis elle va léguer sa meilleure laitière à sa servante et un louis d'or aux deux autres domestiques. Sa robe de mariée ira à Madame sainte Anne, celle de satin à sainte Catherine. Evoquant aussi saint Yves , elle espère vivre trois jours après l'enfantement que va provoquer le chirurgien par incision.

Et voilà qu'arrive à Pontplencoët la vierge marie et sainte Anne: "Mettez lui la bille d'argent dans la bouche et le couteau dans son côté droit. Vous lui trouverez un petit enfant. Faites-lui trois coutures d'aiguille dans le côté. Elle viendra avec nous au bout de trois jours."

Le baron admire ce beau poupon dont il a plein les bras. Mais pleure aussitôt la mort de sa femme. "Je voudrais voir mon fils baptisé et qu'il fut à 18 brasses sous terre et sa mère bien portante. Ici bas, j'ai eu trois femmes du nom de Marguerite. Hélas, elles sont mortes. Je les ai perdues toutes les trois et la dernière, celle-là, me brise le cœur."

Quand fut inhumée sa femme, Ponplaincoët donna des directives à ses intendants et sa famille avant d'enfourcher son cheval. "Je retourne auprès du roi puisque ma femme est morte. Je quitte Ponplaintcoët. Je servira le roi jusqu'à ce que je meure et que je rejoigne ma bien aimée là-haut, près de Monseigneur saint Yves, notre patron."

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