La pierre du diable

 

Job de Roncé écrit en 1946: "Le touriste qui, venant de Saint-Pol, passe le pont de Kerc'hoant, peut dévouvrir à quelques mètres de la route un gros rocher qui porte le nom de pierre du diable..." Au siècle précédant, Souvestre rapporta qu'un pâtre, tout en gardant ses vaches, vous racontait volontiers l'histoire de cette étrange roche. De tous temps, les paysans d'alentour, intrigués par les cupules qui y sont creusées, ont supputé sur sa nature. D'origine préhistorique, cet énorme bloc de granit ressemblant à un peulven renversé a pu servir à un culte païen. Le christianisme naissant l'appelant alors "pierre du diable".

Au XVIe siècle, les travaux de la cathédrale donnent naissance à cette légende. Le diable se trouvait à Cléder, sa terre de prédilection, quand il aperçut, dressé à l'horizon oriental, le magnifique clocher du Creisker, tout juste achevée. Cette vue le remplit de rage. Il veut abattre cette flèche érigée en l'honneur de Marie, son ennemie jurée. Il voit aussi d'un œil mauvais s'élever, chaque jour plus majestueux, les clochers jumeaux de la superbe cathédrale. Dans sa rage, il voulut tout renverser. Arrachant un rocher aux falaises de Roguennic, il le lance à toute volée dans l'espace pour décapiter au moins une flèche. Mais, dans la chapelle du vallon, saint Yves veillait. Il n'eut qu'à lever le bras en prononçant une formule de conjuration. Le "vieux Guillou" calcula mal son élan, une force supérieure vint contrebalancer la sienne. Le projectile infernal s'abattit au milieu de la lande de Pontplaincoët, juste à la limite du minihy de Saint-Paul. Le but était manqué de plus de trois kilomètres. La marque du démon se distingue, nettement creusée sur sa surface. Car ses griffes ont laissé leurs traces. "Voilà, n'est-il pas, une preuve irréfragable et palpable de la véracité de ce récit?"

On prétend aussi que qui voulait compter le nombre de ces trous n'arrivait jamais deux fois au même résultat. Souvestre estimera que cette légende fut inventée par quelque fidèle croyant pour détourner les faibles du culte druidique et transformer en objets odieux la pierre qui avait autrefois reçu les témoignages de leur respect.

 

"Depuis que l'ancienne route a été rectifiée, écrivait à la fin du XIXe siècle l'abbé Tanguy, pour voir cette pierre, il faut, quand on vient de Saint-Pol, quitter à droite près du pont de Kerhoant la grand route et passer dans une garenne. La pierre a la forme d'un triangle scalène et a près de deux mètres de haut. La largeur de chaque face est de 3,40 m. Elle est le souvenir de quelque événement remarquable. La tradition orale remonte aux premiers âges du christianisme."

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