Les noms des champs

Dans une ferme bretonne, les noms des champs n'ont guère évolué depuis le moyen age. Ils parlent, ils chantent. Prat désigne un pré, Parc un champ, le leur une aire. Le courtil est un enclos près du manoir, fertilisé par les déjections de la maison. Dans les jardins poussent fruitiers et légumes. Courtils et jardins sont parfois désignés sous le nom de liors. Le foennec est un pré fauchable où le foin est mis en mulons. Les meilleures terres labourables, celles où l'on pratique une rotation des cultures, sont appelées "terres chaudes". Les landes sont des "terres froides". Quand elles ne sont pas des franchises, zones si ingrates qu'elles n'intéressent personne. Et puis, il y a les "près non fauchables", prairies qui ne vous donneront même pas une récolte de foin. On note aussi des "terres moites".


Au regard de la numérotation du premier cadastre de Saint-Pol dressé en 1848, voici le nom de chaque parcelle de Kerhoant, sa traduction, sa nature, sa superficie et le type de culture observé au XIXe siècle.

45: Prat izella Kergoff, le pré d'en bas de Kergoff, autrement dit de la maison du forgeron ou du dénommé Le Goff, terrain humide de 7 ares, avoine. Cette céréale nourrit son homme sous forme de bouillie. La paille sert de litière, sa pelliculle garnit les couettes.

46: Prat izella Kergoff, la partie boisée du pré de Kergoff, taillis, 10 ares.

47: Prat creis Kergoff, le pré du milieu, pré, 68 a.

48: Prat Creis Kergoff, le pré du milieu, taillis, 14 a.

49p: Prat huella Kergoff, le pré du haut, pré, 44 a.

52: Prat huella Kergoff, le pré du haut, taillis, 11 a. Prajou Kergoff désigne l'ensemble de ces prés.

53: Goaremic Pont Kergoff, petite garenne du pont de Kergoff, terre froide de 45 ares, lande.

55: Parc Lan ar c'hoat huella, dit encore Parc Alan ar C'Hoat, champ de la lande du bois ou champ d'Alain du bois. Labourable, c'est une terre chaude de 1,19 ha, froment, orge. Le froment n'est autre que le blé. D'un bon rapport, il servira à la fabrication du pain. Le froment est semé en hiver ou au printemps dans une terre fumée au goémon. A la fin de l'été, la moisson est un événement. L'orge est destiné à l'alimentation du bétail.

54: Prat ar c'hoat izella, terre labourable 99 a. Le jour de notre inventaire, elle est notée en "revenant bon". Autrement dit elle est en jachère mais offre un revenu potentiel.

56: Parc ar scalier, le champ de l'échalier. Le nom semble indiquer que ce champ était jadis accessible par une sorte d'échelle de bois, l'échalier, posée contre le talus. Ce nom est en tout cas récent et n'apparaît qu'à la Révolution. Parc ar scalier est une terre labourable de 1 ha 36 are, revenant bon.

57: Parc ar Pors, le champ de la cour, terre labourable, 1 ha 18 a, trèfle, employé comme fourrage..

58: Parc meur bras, le grand champ, terre labourable, 1 ha 25 a, froment.

59: Parc ar foennec, le champ du foin, terre labourable, 1 ha 3 a, revenant.

60: Parc ar leuriou bian, champ des aires, terre labourable, 43 a, avoine.

61p: Parc ar leuriou bras, terre labourable, 84 a.

62P: Parc ar leuriou bras, terre froide, 5 a.

64P: Prat ar leuriou, terre froide, 2 a, prêté un temps à Jean Hic de Rohigou.

65p:Ar c'hoat taill ou Cotail, bois de taillis, 96 a.

66:: Parc ar c'hoat taill, le champ du taillis, terre labourable 29 a.

67: Parc ar c'hoat taill, lande, 33 a.

68p: Prat bian ar c'hoat taill, le petit pré du taillis, 25 a.

69: Ar Poul lin, le douet au lin, 1 a, situé derrière le moulin, au pied de la colline.

70: Ar vilar, l'aire, pâture, 75 a.

71: Prat Neut, le pré à fil, 21 a. On y fait sécher le fil de lin.

72: Le Leur, l'aire et grange, 12 a.

73: Ar Jardinou, les jardins, terre labourable, 11 a.

74: Four sol et dépendances, 47 centiares.

75: Grange, 33 c.

76: Moulin sol et dépendance, 85 c.

77: Ar Enezen vian, le petit îlot, pré sis derrière le moulin, 1 a.

78: Enezen ar pors bian, l'îlot de la petite cour ou de la petite porte, terre froide près de la roue gauche du moulin, 2 a.

80: Tannenou ar vilin, La chaîneraie ou la tannerie du moulin, terre froide, 5 a.

81: Ar roz tosta, le tertre éloigné, di encore Rochou, les roches, terre froide, 11 a.

82/28: Ar venec bihan, Dérivé de gwen, blanc, peut se rapporter à l'eau, terre froide, 4 a.

83: Roz pella, Roch ou encore Rochou pella, terre froide, 70 a.

88: Parc ar roz izella, ou Pella, terre labourable, 1 ha, revenant.

89: Parc ar roz huella, ou tosta terre labourable, 88 a, lin. Kerhoant fut une des dernières fermes à abandonner cette culture.

90: Ar leur goz, la vieille aire, ou liou coz, terre labourable, Ty Coz, 88 a, froment.

91: Jardin izelar, le jardin d'en bas, terre labourable, 12 a.

92: Manoir, sol et dépendances, 11 a.

92bis: Ancien corps de logis principal, 1 a.

93: Parc ar C'Hadec, dit jadis Parc ar Pors ar gadet, le champ des lièvres, terre labourable 97 a, avoine.

Jouxte: Parc et Goarem(ic) ar Saos, champ et garenne de l'Anglais, seigle et froment. Le seigle entre dans la fabrication du pain noir. Sa paille sert à couvrir les habitations.Le Merven, éthymologiquement, le repas de midi où le premier goûter de l'après-midi. sans doute ici prenait-on le casse-croûte. Le Merven est une bande étroite servant de semis au pied d'un talus, appellation récente.

94: Parc ar jardin, le champ du jardin, terre labourable, 83 a, froment.

Auprès: Parc Perre, ou Per, le champ de pierre ou le champ de Pierre, panais. Il se peut que ce champ fut un temps concédé à un domestique dénommé Pierre, comme le voulait souvent souvent la coutume. Le panais sert à l'alimentation du bétail comme de l'homme et est très répandu avant la Révolution.

95: Parc ledan, le champ large, terre labourable, 1 ha, navets. Plante potagère.

36: Rohigou, Rohigou bihan, le champ des petites roches, froment.

114: Goarem Verot, la garenne du Merrot, dite encore War an verot, lande, 1 ha.

115/22: Goarem Verot, idem, taillis, 89 a, bois courant.

Sur Plougoulm.

403P: Prat izella, pré, 92 a.

404, Al len, l'étang, 19 a.

406: Ar prat huella, pâture, 1 a.

405: Ar prat huella, pré, 1 ha.

407: Creach bian sant Eozen, la petite colline de Saint Eudon,1 a. En 1611, cette parcelle s'appelle Creach Saint-Yves. Et c'est le bon nom car le pont et la chapelle du même nom sont tout proches. En fait, on confond souvent saint Yves et saint Eozen, forme moderne de Saint Eudon dont le nom vient de l'ancien breton eu, bon et don, talent. Il est fêté le 19 mai

Voilà donc ce que l'on cultivait à Kerhoant au XIXe siècle. Antérieurement, le lin avait une place prépondérante. Au XXe siècle, ce sera artichauts à droite, choux fleurs à gauche. Le plus ancien inventaire de Kerhoant date de 1611. Il nous apprend que, avant son morcellement, la seigneurie primitive de Kerhoant comprenait, certes, le manoir et la métairie de Kerhoant proprement dits, la métairie de la Porte, le moulin de Kerhoant mais aussi, tout près de là, celui du Merrot, les lieux nobles du Rohigou et de Kervadoret. Nombre de parcelles énumérées plus haut sont déjà signalées. En revanche, une quinzaine de noms ont disparu depuis: Coz leur an Traou et Parc an Drafft, Drafft étant l'écriture ancienne de Drasst. A rapprocher de drast, ravage. On note encore Parc du Four, Parc Creiz, Parc Mefiouez, Parc Rohigou, Parc Méan, la petite garenne, le Parc de la Cour. Autant de parcelles attachées à la métairie de la Porte. Autres noms disparus: Parc et Courtil Melin Merrot, Goarem melyn Kerhoant, Prat Kerhoant, Liors Leur, Liors an Coat, Liors désignant un jardin ou un enclos herbu.Tout un langage...

En 1611, on ne mesure pas la superficie des terres en ares. On dit qu'elles contiennent tant de "journées à la charrue", temps nécessaire pour les labourer Pour le foennec, pré fauchable, on compte en "journées à faulcheur". On ne parle pas de d'Est ou d'Ouest, mais "devers soleil couchant". Et quand deux parcelles se touchent, elles sont dites "s'entretenant" ou "s'entrejoignant". Certains champs ont leur buron, terme désignant une hutte de berger. Les crèches sont des soues, les talus des fossés, les fuies des colombiers.

A Kerhoant, comme ailleurs, on aura patiemment gagné sur les taillis et défriché les landes en pratiquant l'écobuage. On coupe la lande, puis, à l'aide d'une marre, sorte de houe ronde, il faut déraciner les plants, retourner les mottes, les brûler une fois séchées. Sur ces terres ainsi amendées par les cendres, on sèmera d'abord du seigle, le seigle d'escobue. Jusqu'au jour où, à force de goémon, le champ pourra enfin se prêter à la culture. Les meilleures terres labourables, celles où l'on pratique une rotation des cultures, sont appelées "terres chaudes". Les landes sont des "terres froides". Quand elles ne sont pas des franchises, zones si ingrates qu'elles n'intéressent personne. Et puis, il y a les "près non fauchables", prairies qui ne vous donneront même pas une récolte de foin. On note aussi des "terres moites", des courtils, petits jardins attenants à la demeure des paysans.

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