La culture du lin

Depuis le moyen-âge, le paysan léonard s'adonne peu à l'élevage. Mais à diverses cultures. Au moulin de Kerhoant, le poul lin rappelle celle du lin dont on faisait les toiles "léonaises" dès le XVe siècle. Sa qualité textile est due à ses tiges faites de fibres longues, souples, très fines et résistantes à la traction. Cette plante herbacée, à l'élégante tige de 40 à 60 cm, colore le paysage de ses petites fleurs bleues.

A Kerhoant, la terre est faite de loess, terre fie venue des fonds de la Manche, quand elle fut asséchée au quaternaire et qu'apportèrent le vent. Enrichi par le maerl, le goémon, le sol de la seigneurie se prête donc à cette culture qui exige une bonne fumure. Elle demande aussi un assolement étalé. Le lin épuise le sol et il faut le laisser reposer au moins trois ans. En 1819, le lin pousse à Parc ar Ros Tosta et encore dans deux courtils. On a 90 kg de fil buandé, 480 kg de lin en bâton, 72 kg de lin percolé...

Si Saint-Pol est terre de production, les marchands de fils qui, eux, font travailler en sous main des paysans, se cantonnent plus au sud de la zone de culture. Dans les fermes passent les teilleurs pour prendre livraison des graines et récoltes.

Or Kerhoant a la particularité de cumuler toute les fonctions de la filière et ce, très tard alors que le lin a cédé la place aux primeurs.

La graine vient de Hollande, de Prusse, du Danemark, d'Allemagne, de Riga, en Russie. Elle débarque à Roscoff. A Kerhoant, on va s'approvisionner en ville. Chez Le Hir et chez Le Bos, au XIXe siècle.

En Léon, la graine dégénère vite. On la sème en mars pour arracher la récolte à la main début juillet. Le tirage est pénible et mobilise toute la ferme. Quinze personnes mettront une journée pour travailler un hectare. Etalé sur champ, le lin va sécher un moment. avant d'être lié par poignées. L'égrenagera consiste à passer les poignées par deux ou trois fois entre les dents d'un peigne en acier ou en bois pour récupérer les capsules. On procède à l'extérieur en raison de l'imposante poussière. On porte les sommets des tiges sur ces peignes formés par un alignement de grosses pointes portées par un lourd bâti de bois appelé rimieurez, du breton rimian, gratter. Kerhoant possède trois peignes à lin vert dans Ty Coz. Les graines ne constituent pas une bonne semence.

On pourrait étaler la récolte sur le pré un mois durant. Le temps de séparer la tige de son écorce filamenteuse. L'humidité suffit pour provoquer la putréfaction. Mais une méthode bien meilleure et plus rapide est le rouissage par immersion. A Kerhoant, on trempe le lin, recouvert de pierres, une dizaine de jours dans le poul lin. Il est alimenté par le courant limpide de l'Horn qui évite le pourrissement de la fibre et la blanchit en lui apportant l'oxygène. Ainsi est éliminée la gomme et les résines qui lient les différents éleménets de la tige.

Le rouissage achevé, le lin est séché, étalé à même le sol ou contre les talus et retournée fréquemment. Après quoi les chevaux et charrettes foulent le lin. Mis en meule jusqu'à la fin de l'été.

Vient en suite le broyage, à l'aide d'une braie, qui permettra d'obtenir de l'étoupe. Kerhoant en possède cinq.

Les pécellage achève d'enlever la partie ligneuse en grottant les tiges contre l'extrémité d'une mince planche taillée en biseau et fixée verticalement sur un bans.

Le peignage, c'est une opération de cardage qui permettra de séparer les fibres longues de l'étoupe, éliminer les brindilles d'écorce. On obtient alors de la filasse.

Assuré par les femmes, le filage, jadis à la quenouille, petit bâton entouré de lin vers le haut, se fait maintenant au rouet. Celui de Kerhoant est dans la chambre sise au dessus de la cuisine.

Avec le printemps arrive la phase du lavage, du blanchiment du fil. C'est une spécialité léonarde. Ailleurs, les toiles sont tissées en écru et blanchies seulement ensuite. Pour blanchir le fil, on utilisera de la cendre de bois pour sa potasse. L'opération se fait dans la maison à buée. chambre à buée de Kerhoant dispose de deux cuves et de huit petites armoires. Cette maison à four, souvent appelée Kanndi, donne sur la cour. L'eau est chauffée dans l'âtre et versée dans les cuves, additionnée de cendre. Les femmes trempent et battent le fil, les hommes brassent le tout à l'aide de bâtons. Entre chaque lavage, tous les dix à quinze jours, le fil est étendu à Prat neut et retourné régulièrement. Entre six ou neuf lavages se répéteront l'été. A Prat Neut, un domestique assure la surveillance en dormant dans une cahute. D'autres dorment à la buanderie. La dernière opération consistera à pendre le fil à des cordes. Il faudra ensuite dévider le fil. D'abord à la main puis au dévidoir. Le répartir en bobines selon la taille.Les plus fin serviront à la trame. Ourdissage ensuite. on assemble parallèlement un certain nombre de fils. Enfin, et enfin seulement vient le tissage. On constitue des écheveaux sur le métier à tisser. Chaque pièce de toile fait 100 aunes, 122m de long. Kerhoant dispose un temps d'un texier et son vieux métier est encore répertorié en 1854.

La graine de lin est aussi employée en peinture. Sa farine sert aux cataplasmes ou en barbotages pour les animaux malades.

Le lin travaillé au manoir est acheté par les Morlaix, grand centre de fabrication des léonaises, des crées, du breton Kriz, chemises. Toiles qu'ils exportent vers l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Espagne. Colbert, en taxant l'entrée des produits étrangers pour financer les guerres de Louis XIV, enraya le commerce breton avec les autres nations à la fin du XVIIe. Après une période d'interruption, le commerce des léonaises réapparaîtra sur le marché Anglais en 1713. Le traité franco-anglais de 1776 lui porte un coup fatal. Mais Kerhoant poursuivra très tardivement son activité linière. Pour ce commerce, la tenue des livres de compte suppose instruction, voire scolarisation au collège de Saint-Pol. Le type même du tanneur, ou marchand toilier, est celui du paysan aux cheveux longs, aux larges culottes plissées, disposant d'un outillage agricole important, de bétail, de récoltes conservées dans granges et greniers.

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