Les indigents de St-Pol

Les indigents, on les accueillait et on les accueille encore partout avec une faveur spéciale le jour des Rois. Mais, à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), jusqu'en ces derniers temps, ils étaient vraiment des privilégiés. Chaque année, la veille de l'Épiphanie, cette ravissante et archaïque petite cité voyait s'avancer dans ses rues un cheval dont la tête et les crins étaient ornés de gui, de lauriers et de rubans. Conduit par un pauvre de l'hospice et précédé du tambour de ville, il était escorté de quatre notables, deux marguilliers et deux membres du bureau de bienfaisance, et s'arrêtait devant chaque seuil pour recevoir les dons en nature ou en argent. Pain, viande, côtes de lard, bouteilles, s'entassaient dans les deux paniers fixés à son bât et qui avaient la forme de mannequins couverts d'un drap blanc. Chacun d'eux donnait selon ses moyens, mais tout le monde donnait « et, à chaque nouvelle munificence, dit Paul de Courcy, la foule d'enfants et d'oisifs qui accompa-gnait ce bizarre cortège répétait la clameur traditionnelle Inguinané! Inguinané! »

Un arrêté municipal du maire Drouillard mit fin brusquement, en 1885, à la curieuse promenade de l' Inguinané. Ainsi meurent les vieux us, frappés souvent par ceux qui devraient s'employer le plus à les faire respecter.

 

Charles Le Goffic, fêtes et coutumes populaires.

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