Les déboires de Claude Créach

Natif de Kerhoant, Claude Créach fut le premier maire républicain de Saint-Pol de Léon, bastion royaliste. A peine avait-il fait passer sa liste entière que le citoyen Drouillard, châtelain de Kerlaudy, le relégua comme second adjoint pour prendre sa place....

Le journal Ar Wirionez s'amuse de la situation : La ville de Saint-Pol si calme d'ordinaire, est encore sous le coup d'une émotion profonde. Le maire républicain, M. Claude Créach, le même qui avait battu Ics conservateurs à plate couture aux dernières éleclions, en laisant passer la liste républicaine tout entière, M. Créach, dis-je, est déchargé de ses fonctions de maire par le décret qui nomine, en cette qualité, M. Drouillard, seigneur de Kerlaudy. Disons de suite, pour éclairer nos lecteurs, que M. Drouillard, qui habite la commuue de Plouénan, vient d'être élu conseiller municipal à Saint-Pol, en se faisant porter sur la liste de M. Créach. Et M. Créach, l'homme du peuple, acclamé partout, le «dompteur de la réaclton,» cornine l'appelait, le sous-prélet de Morlaix au lendemain des éleclions, en lui donnant l'accolade frateruclle, est piteusement relégué au rang de deuxième adjoint. Comme fiche de consolation, c'est maigre, et M. Claude Créach a dù faire d'amères réflexions sur la fragilité des grandeurs humaines ; car en vérité, le morceau est bien dur à digérer. Le bruit avait même couru, que mortifié du rôle de dupe qu'on lui avait fait jouer, ce bon M. Créach avait juré de planter là, sans plus de cérémonie, le rusé Bertrand au profit duquel, Raton inconscient, il avait tiré les marrons du feu. Mais cela ne faisait pas le compte du nouveau maire, qui avait besoin, pour quelque temps encore, des services de celui qu'il évinçait avec une désinvolture aussi charmante. Il a l'air tant et, si bien qu'il est parvenu à décider ce malheureux « bouche-trou » à avaler, sans sourciller, l'amère pilule qui lui était destinée. M. Claude Créach est et reste deuxième adjoint, ni plus ni moins. Pour ce qui est de savoir par quel genre de promesses ou de séductions, ce résultat important a pu être obtenu, on en est réduit aux conjectures les plus invraisemblables. Quoi qu'on dise, M. Créach aura su démontrer qu'on peut, en République, avec l'oubli des injures, pratiquer l'aplatissement dans sa plus large expression. L'installation du nouveau maire a eu lieu au son des cloches lancées à toute volée. O simplicité républicaine !

 

Le 4 mai 1881, le même journal Ar Wirionez commente une visite du préfet dans le ville sainte :

Notre correspondant de Saint-Pol-de-Léon, (...) nous a écrit que l'entrée de M. le Préfet dans cette ville avait eu lieu avec toute a pompe imaginable, et que ce haut fonctionnaire ne paraissait nullement animé de sentiments hostiles à l'endroit du clergé et de la religion, contrairement à ce que ce même reporter avait méchamment insinué. On a particulièrement remarqué le soin qu'a pris M. le Prélet d'aller rendre visite au 2° adjoint, l'honorable M. Claude Créach, retenu chez lui par une maladie subite. Nos lecteurs connaissent les tribulations de tout genre par lesquelles l'infortuné 2e adjoint a passé depuis sa nomination ; le souvenir précieux de cette visite préfectorale sera sans doute pour lui une juste et ample compensation des déboires dont l'avait abreuvé le gouvernement de la République dont il était cependant le plus ferme soutien dans celte ville, naguère encoreau pouvoir de la réaction. G. LE B.

 
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