Le Dr Jagu

  Le Dr Jagu était fils d'un capitaine originaire du Morbihan, chevalier de la Légion d'Honneur. Etabli à Saint-Pol,il se maria successivement avec deux sœurs Créach et fut un homme de gauche.
Le Courrier du Finistère, organe de propagande catholique, publie en juin 1892 l'article suivant :
Le Docteur Jagu, docteur-médecin et chef du parti opportuniste de St-Pol de-Léon. envie sans doute A M. Proudhon l'hon­neur de remplir nos colonnes de sa prose. Nous avons reçu samedi dernier la lettre suivante où le célèbre docteur vante tout A la fois son talent et sa charité, sans répondre directement aux critiques que nous avons formulées contre lui. Le D' Jagu a trouvé sans doute l'occasion bonne de battre un petit coup de grosse caisse en faveur de son cabinet et il réclame l'hospitalité de nos colonnes : nous serions en droit de mettre au panier une lettre quelque peu impertinente, mais le Courrier ne craint pas la riposte quand il attaque un adversaire : voici la lettre :
« A Monsieur le Rédacteur en chef du Courrier du Finistère, Brest. Dans votre n° du 28 mai 1892 se trouve un article intitulé : « Les désordres de Santec », qui contient sur cer­tains faits électoraux des appréciations malveillantes dont je n'ai cure; mais qui soulève ainsi une question médicale a laquelle je dois une réponse. Vous écrivez en effet, à propos d’une rixe qui a eu lieu le dimanche 15 mai, à Santec, entre un sieur Le Gain et un nommé Tanguy. « La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit. Aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles, on alla quérir un médecin. M. le Dr Jagu s'empressa de venir soigner le blessé, mais il s'est bien gardé de prodiguer ses visites comme à Mespaul à l'occasion d'un semblable accident dont nous parlons aujourd'hui. A Santec, le coupable est un opportuniste et non un prêtre. De plus un pauvre hère..."
 

 

Puis quelques lignes plus loin : « Aujourd'hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 fr. de visites. »

» En un mot, vous avez voulu éta­blir identité entre les lésions de Tan­guy et celles de Mingam, la victime du curé de Mespaul.» C est là, monsieur, de la perfidie au premier chef.

Oui, chez Mingam, le sang a jailli par le nez, la bouche et les oreilles. Il y a eu en plus écoulement du liquide céphalo-rachidien par l'oreille -Pourquoi avoir oublié dans votre parallèle ce dernier symptôme ?) C'est à dire qu'il y a eu fractures de la base du crâne (fractures de l'occipital et du rocher).
Chez Tanguy, pas une goutte de sang n'a jailli, ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. Il y a eu une simple plaie du cuir chevelu, pas l'ombre d'une fracture. Autrement dit, chez l'un il y a eu blessure à pronostic des plus sombres ; chez l’autre, une lésion à pronostic de la plus entière bénignité. Sont-ce la des accidents de semblable nature, comme vous le dites et l'écri­vez. Pourquoi donc ces mensonges ? Pour exécuter votre programme : ca­lomniez, il en restera toujours quelque chose, et surtout pour essayer de me nuire. Pour essayer de me nuire, lorsque vous insinuez que le coupable est un pauvre hère et non un prêtre... que je n’ai pas fait au blessé Tanguy pour 500 francs de visites, etc. Eh bien, Monsieur, si Tanguy eut eu besoin de 1,000 francs de visites, je me serais empressé de les lui faire. Apprenez que la médecine est le premier des sacerdoces, qu'elle Ignore le pauvre et le riche, qu'elle commence par soigner et ne connait que le malade et vous m'obligez à vous le dire si, personnellement, j'ai pu rendre quel­ques services chirurgicaux, c’est le pauvre qui en a surtout profité et j’espère qu'il en bénéficiera encore. Cela vous gêne même peut-être que j’aie soulagé parfois des infortunés., Cela vous gêne, surtout, que |e sois honoré d'une certaine confiance. C'est qu'à Santec, comme à Mespaul, je pra­tique de la médecine loyale, honnête et aussi dévouée que possible ; que le pauvre comme le riche me trouve tou­jours à sa disposition. J'entre chez les gens par la grande porte, jamais par escalier de service. Celui qui me l'indiquerait, serait du reste mal venu. Faites donc aussi de la polémique loyale : Cessez calomnies et petits moyens qui ne trompent, croyez-le bien personne. Je crains toutefois que cela ne vous soit difficile.» Veuillez agréer Monsieur le Rédac­teur en chef, l'assurance de ma parfaite considération.» Dr A. Jagu PS Je vous prie et au besoin vous requiers d'insérer ma réponse dans votre prochain numéro.» Dr A. Jagu »
Voilà qui est fait, le Dr Jagu va être content ; mais le Diafoirus opportuniste se moque des bonnes gens de Santec en disant que : « Chez Tanguy pas une goutte de sang n’a jailli ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. En effet chez Tanguy le sang ne sor­tait ni de la bouche, ni du nez, etc., mais de la plaie au cuir chevelu, plaie assez profonde puisqu’il était inondé de sang et dans un tel état qu'on courut chercher le prêtre pour lui donner les Sacrements. Le D' Jagu n’arriva, lui, que deux heures après l'accident I! Il dit que nous avons voulu lui nuire. Vraiment non et l'insertion de sa longue lettre en est la preuve. « La médecine » est le premier des sacerdoces, dit-il ; et il ignore le pauvre et le riche. » Voilà de bons sentiments qui lui font honneur et qu'on ne lui connaissait pas encore ; tout St-Pol va être émer­veillé. Le D' Jagu mérite donc le titre de « Médecin des Pauvres »; déjà à St- Pol on lui a donné celui de « Médecin des hydropiques », personne ne s'en­tendant mieux que lui à découvrir une hydropisie ignorée. Enfln, à St-Pol l'autre jour, on me demandait si le Dr Jagu n’allait pas se retirer après fortune faite, les hono­raires de la maladie Mingam ayant dû lui laisser quelque bénéfices. On dit en effet que l'éminent Docteur aurait acheté une auberge maintenant à son nom : il serait donc tout à la fois méde­cin et aubergiste : c'est vraiment trop d'honneur. Comme je ne suis pas très au courant des faits de mon honorable correspon­dant, je lui renvoie la question : les colonnes du Courrier lui sont ouvertes. Tout St-Pol attend ses explications.A défaut de malades, it ne doit pas avoir tous les jours la bourse d’un curé à saigner : je suppose qu'au milieu de ses nombreuses occupations il trouvera encore le temps de m'écrire. — A. D.

 
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