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Le Dr Jagu, cible de la presse catholique

Radical, époux successivement de deux sœurs Créach, voilà le Dr Jagu la cible de la presse catholique. Le Courrier du Finistère, organe de propagande catholique, publie en mai 1892 deux articles où le médecin est éreinté. Le premier porte sur un jugement en correctionnel à Morlaix. Et voici comment on rappelle les faits :

 

Le 17 janvier, un ivrogne, Jean Mingam, troublait par ses cris la cé­rémonie des vêpres à l’église parois­siale de Mespaul. M. l’abbé Messager, ne pouvant le faire taire, voulut le mettre à la porte et le poussa dehors. Mingam tomba et en tom­bant se fit une blessure profonde à la tête en se frappant contre une pierre. Un citoyen de Mespaul, bien connu pour ses sentiments anti-religieux, saisit cette occasion de créer des tracas à l'abbé Messager : après avoir laissé Mingam sans soin pendant 24 heures, il fit appeler le docteur Jacut, de St-Pol, radical et libre-penseur. En Esculape habile ce der­nier trouva moyen ae faire monter les frais de la maladie à 923 fr. 65 !!

Voilà du reste comment notre excellent confrère la Résistance de Morlaix, mieux placé que nous pour connaître de l’ffaire, apprécie ce ju­gement :

Le vendredi 6 mai, le tribunal de Morlaix a rendu son jugement dans la poursuite intentée à M. l’abbé Messa­ger, recteur de Mespaul.» Ce jugement, que nous publions in extenso, n'est pas de nature, oroyons-nous, à satisfaire beaucoup les man­geurs de prêtres, ceux qui se réjouis­saient de « voir un curé en police cor­rectionnelle.

Sans doute, M. le recteur de Mes­paul se voit obligé de payer une grosse somme, grosso pour un prêtre, dont la bourse est en général médiocrement garnie, allégée qu’elle est sans cesse par les aumônes et les contributions aux bonnes œuvres. Mais, cette lourde con­tribution est, à bien lire le jugement, oomparable à celle que devrait payer un homme qui, par simple imprudence, briserait involontairement quelque objet de prix. Il n’y a là rien qui entache l’honneur et compromette la considé­ration Encore, dans le cas présent, les frais à solder ne représentent-ils pas « la casse » à proprement parler, le dom­mage causé au pauvre ivrogne qui, par ses clameurs inconvenantes dans l'église a obligé le prêtre à le mettre dehors un peu vivement, comme nous ferions tous d’un importun, privé de sa raison, qui viendrait faire du tapage ohez nous

La grosse part des frais, dont M. le recteur de Mespaul est rendu respon­sable, va droit au médecin qui a eu l’heureuse fortune de soigner le blessé, c’est-à-dire à M. le docteur Jacut, de Saint-Pol-de-Léon, C’est un nom que nous avons plaisir à illustrer, car à en juger par la haute valeur qui s’attache à ses visites il égale pour le moins les praticiens les plus illustres du corps médical de Paris

M. Jacut s’entend à merveille, sem­ble-t-il, à pratiquer la saignée sur les bourses cléricales. Il lui a fallu trente-trois visites pour bien s’assurer que son client se ressen­tirait longtemps de sa chute et ces trente-trois visites, il les cote modeste­ment : cinq cents francs ! Bonnes gens du pays de Saint-Pol, ne vous cassez jamais la tête contre une pierre... à moins que vous n’ayez sous main quelque curé pour en payer les frais. Après avoir entendu M. Jacut et surtout après avoir entendu M. le pro­cureur de la République, il semblait que M. le recteur de Mespaul fut un criminel digne des plus grands châti­ments. La prison, du moins, la prison s’imposait, à ce qu’affirmait l’organe du ministère public, qui suppliait avec une énergie sans pareille messieurs les juges de l’imiter sur leurs sièges et de ne craindre ni les critiques de la presse catholique, ni même... la dynamite ! Ce que venait faire la dynamite en cette affaire, nul ne l'a su, M. le procu­reur ayant dédaigné de l’expliquer. On s’est contenté d’en rire...

 

Le même jour, le Courrier du Finistère enfonce le clou avec un second article où le Dr Jagu est mis en scène :

 

LES DÉSORDRES DE SANTEC

Depuis que M. Drouillard est rentré dans la vie politique, comme Wilson à Loches, par la petite porte de conseiller municipal de Roscoff, il nous faut si­gnaler les désordres causés par ses agissements. Dans notre dernier nu­méro nous avons raconté comment le samedi 14 mai il s’embarquait à St-Pol- de-Léon pour Roscoff. Le dimanche soir, vers les quatre heures, M. Drouillard, pour se consoler sans doute de l’échec qu'il venait d’essuyer le matin à Roscoff (il avait obtenu cinq voix), se rendit à Santec en compagnie du fameux Godec, autre­fois conseiller municipal à Saint-Pol, d'Allain Créach et de Morvan, mar­chands de vin à Saint-Pol, pour remercier les Santégois qui avaient voté pour la liste des Radicaux.

 

Après d'ampleslibations, on fit le tour du bourg en hurlant la Marseillaise. En tête du cortège était porté un drapeau, fourni, dit-on, par le docteur Jagu. Dans la foule, on remarquait M. Drouillard, ayant à ses côtés deux des plus grands... buveurs du pays. Quelques malins ajoutent même qu’il les aurait embrassé à différentes re­prises. Un moment donné, le porte-rapeau fut attaqué, et, s’il ne s’était pas retiré aussitôt, il y aurait eu rixe, le sang aurait coulé, car plusieurs de nos amis, rudes et solides gars redoutés dans le pays, trépignaient de colère en voyant notre drapeau ainsi promené par ces malandrins. M. Drouillard et ses compagnon»,s a­chant bien qu’ils ne seraient pas les plus forts, s’empressèrent de rentrer dans l’auberge de Charles Castel, pour se mettre à l'abri et se rafraîchir une dernière fois. Ils partirent pour St-Pol vers les 7 heures. Le calme se rétablissait peu à peu, lorsque vers les 7 h 1/2 Pierre Cam, l'opportuniste avéré, dans un état de surexcitation qu’expliquent les largesses de Drouillard, aperçut François Tanguy dans la cour de l'auberge de Charles Castel.

Sans aucune provocation de la part de ce dernier, Pierre Cam bondit sur lui comme un forcené et le renversa sur le dos. La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit ; aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles. Quelques braves gens le trans­portèrent chez lui ; vers les 8 h. 1/2 son état donna des inquiétudes à ceux qui l’entouraient. On alla quérir un méde­cin. Le docteur Jagu s'empressa de venir soigner le blessé. Mais il s’est bien gardé de lui prodiguer ses visites) fait à Mespaul, à l’occasion d’un semblable accident dont nous parlons aujourd’hui même. A Santec, le coupable est un oppor­tuniste et non un prêtre. De plus, c’est un pauvre hère qui souvent n’a pas un morceau de pain à mettre sous les dents, et M. Jagu tient à être payé. Pierre Cam passe pour un grand ba­tailleur et il y a plusieurs faits qui le prouvent. Le fils de François Tanguy et lui s'étaient querellés le dimanche 1er mai et avaient même échangé quelques coups de poing. A-t-il voulu se venger en s’attaquant au père le dimanche suivant ? On ignore le mobile de cet acte de sauvagerie.A ujourd’hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 francs de visite : tant mieux. Le brave Tanguy se félicite peut-être, maintenant de n’avoir pas reçu plus de visites du célèbre docteur de Saint- Pol. Toujours est-il qu’aucune enquête n'a été faite sur ces incidents. Tanguy a été blessé, grièvement blessé et, qui plus est, il a été attaqué par Cam sans aucune provocation de sa part. Ainsi donc la justice qui a sévi si brutalement pour l’affaire de Mespaul n'a encore rien fait pour celle de San­tec : nos lecteurs en tireront la con­clusion. Quant à la petite ville de Roscoff, la voilà en passe de devenir célèbre. Nous conseillons à ses édiles de la débaptiser et de l’appeler Drouillardville ou Mou-chardsville : ce sera mieux

 

Nouvel article en juin 1892

 

Le Docteur Jagu, docteur-médecin et chef du parti opportuniste de St-Pol de-Léon. envie sans doute A M. Proudhon l'hon­neur de remplir nos colonnes de sa prose. Nous avons reçu samedi dernier la lettre suivante où le célèbre docteur vante tout A la fois son talent et sa charité, sans répondre directement aux critiques que nous avons formulées contre lui. Le D' Jagu a trouvé sans doute l'occasion bonne de battre un petit coup de grosse caisse en faveur de son cabinet et il réclame l'hospitalité de nos colonnes : nous serions en droit de mettre au panier une lettre quelque peu impertinente, mais le Courrier ne craint pas la riposte quand il attaque un adversaire : voici la lettre :
« A Monsieur le Rédacteur en chef du
Courrier du Finistère, Brest. Dans votre n° du 28 mai 1892 se trouve un article intitulé : « Les désordres de Santec », qui contient sur cer­tains faits électoraux des appréciations malveillantes dont je n'ai cure; mais qui soulève ainsi une question médicale a laquelle je dois une réponse. Vous écrivez en effet, à propos d’une rixe qui a eu lieu le dimanche 15 mai, à Santec, entre un sieur Le Gain et un nommé Tanguy. « La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit. Aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles, on alla quérir un médecin. M. le Dr Jagu s'empressa de venir soigner le blessé, mais il s'est bien gardé de prodiguer ses visites comme à Mespaul à l'occasion d'un semblable accident dont nous parlons aujourd'hui. A Santec, le coupable est un opportuniste et non un prêtre. De plus un pauvre hère..."

Puis quelques lignes plus loin : « Aujourd'hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 fr. de visites. »

En un mot, vous avez voulu éta­blir identité entre les lésions de Tan­guy et celles de Mingam, la victime du curé de Mespaul.» C'est là, monsieur, de la perfidie au premier chef.

Oui, chez Mingam, le sang a jailli par le nez, la bouche et les oreilles. Il y a eu en plus écoulement du liquide céphalo-rachidien par l'oreille -Pourquoi avoir oublié dans votre parallèle ce dernier symptôme ?) C'est à dire qu'il y a eu fractures de la base du crâne (fractures de l'occipital et du rocher).
Chez Tanguy, pas une goutte de sang n'a jailli, ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. Il y a eu une simple plaie du cuir chevelu, pas l'ombre d'une fracture. Autrement dit, chez l'un il y a eu blessure à pronostic des plus sombres ; chez l’autre, une lésion à pronostic de la plus entière bénignité. Sont-ce la des accidents de semblable nature, comme vous le dites et l'écri­vez. Pourquoi donc ces mensonges ? Pour exécuter votre programme : ca­lomniez, il en restera toujours quelque chose, et surtout pour essayer de me nuire. Pour essayer de me nuire, lorsque vous insinuez que le coupable est un pauvre hère et non un prêtre... que je n’ai pas fait au blessé Tanguy pour 500 francs de visites, etc. Eh bien, Monsieur, si Tanguy eut eu besoin de 1,000 francs de visites, je me serais empressé de les lui faire. Apprenez que la médecine est le premier des sacerdoces, qu'elle Ignore le pauvre et le riche, qu'elle commence par soigner et ne connait que le malade et vous m'obligez à vous le dire si, personnellement, j'ai pu rendre quel­ques services chirurgicaux, c’est le pauvre qui en a surtout profité et j’espère qu'il en bénéficiera encore. Cela vous gêne même peut-être que j’aie soulagé parfois des infortunés., Cela vous gêne, surtout, que |e sois honoré d'une certaine confiance. C'est qu'à Santec, comme à Mespaul, je pra­tique de la médecine loyale, honnête et aussi dévouée que possible ; que le pauvre comme le riche me trouve tou­jours à sa disposition. J'entre chez les gens par la grande porte, jamais par escalier de service. Celui qui me l'indiquerait, serait du reste mal venu. Faites donc aussi de la polémique loyale : Cessez calomnies et petits moyens qui ne trompent, croyez-le bien personne. Je crains toutefois que cela ne vous soit difficile.» Veuillez agréer Monsieur le Rédac­teur en chef, l'assurance de ma parfaite considération.» Dr A. Jagu PS Je vous prie et au besoin vous requiers d'insérer ma réponse dans votre prochain numéro.» Dr A. Jagu »
Voilà qui est fait, le Dr Jagu va être content ; mais le Diafoirus opportuniste se moque des bonnes gens de Santec en disant que : « Chez Tanguy pas une goutte de sang n’a jailli ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. En effet chez Tanguy le sang ne sor­tait ni de la bouche, ni du nez, etc., mais de la plaie au cuir chevelu, plaie assez profonde puisqu’il était inondé de sang et dans un tel état qu'on courut chercher le prêtre pour lui donner les Sacrements. Le D' Jagu
n’arriva, lui, que deux heures après l'accident I! Il dit que nous avons voulu lui nuire. Vraiment non et l'insertion de sa longue lettre en est la preuve. « La médecine » est le premier des sacerdoces, dit-il ; et il ignore le pauvre et le riche. » Voilà de bons sentiments qui lui font honneur et qu'on ne lui connaissait pas encore ; tout St-Pol va être émer­veillé. Le D' Jagu mérite donc le titre de « Médecin des Pauvres »; déjà à St- Pol on lui a donné celui de « Médecin des hydropiques », personne ne s'en­tendant mieux que lui à découvrir une hydropisie ignorée. Enfln, à St-Pol l'autre jour, on me demandait si le Dr Jagu n’allait pas se retirer après fortune faite, les hono­raires de la maladie Mingam ayant dû lui laisser quelque bénéfices. On dit en effet que l'éminent Docteur aurait acheté une auberge maintenant à son nom : il serait donc tout à la fois méde­cin et aubergiste : c'est vraiment trop d'honneur. Comme je ne suis pas très au courant des faits de mon honorable correspon­dant, je lui renvoie la question : les colonnes du Courrier lui sont ouvertes. Tout St-Pol attend ses explications.A défaut de malades, it ne doit pas avoir tous les jours la bourse d’un curé à saigner : je suppose qu'au milieu de ses nombreuses occupations il trouvera encore le temps de m'écrire. — A. D.

 

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