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L'Actu

Les déboires de Claude Créach

Natif de Kerhoant, Claude Créach fut le premier maire républicain de Saint-Pol de Léon, bastion royaliste. A peine avait-il fait passer sa liste entière que le citoyen Drouillard, châtelain de Kerlaudy, le relégua comme second adjoint pour prendre sa place....

Le journal Ar Wirionez s'amuse de la situation : La ville de Saint-Pol si calme d'ordinaire, est encore sous le coup d'une émotion profonde. Le maire républicain, M. Claude Créach, le même qui avait battu Ics conservateurs à plate couture aux dernières éleclions, en laisant passer la liste républicaine tout entière, M. Créach, dis-je, est déchargé de ses fonctions de maire par le décret qui nomine, en cette qualité, M. Drouillard, seigneur de Kerlaudy. Disons de suite, pour éclairer nos lecteurs, que M. Drouillard, qui habite la commuue de Plouénan, vient d'être élu conseiller municipal à Saint-Pol, en se faisant porter sur la liste de M. Créach. Et M. Créach, l'homme du peuple, acclamé partout, le «dompteur de la réaclton,» cornine l'appelait, le sous-prélet de Morlaix au lendemain des éleclions, en lui donnant l'accolade frateruclle, est piteusement relégué au rang de deuxième adjoint. Comme fiche de consolation, c'est maigre, et M. Claude Créach a dù faire d'amères réflexions sur la fragilité des grandeurs humaines ; car en vérité, le morceau est bien dur à digérer. Le bruit avait même couru, que mortifié du rôle de dupe qu'on lui avait fait jouer, ce bon M. Créach avait juré de planter là, sans plus de cérémonie, le rusé Bertrand au profit duquel, Raton inconscient, il avait tiré les marrons du feu. Mais cela ne faisait pas le compte du nouveau maire, qui avait besoin, pour quelque temps encore, des services de celui qu'il évinçait avec une désinvolture aussi charmante. Il a l'air tant et, si bien qu'il est parvenu à décider ce malheureux « bouche-trou » à avaler, sans sourciller, l'amère pilule qui lui était destinée. M. Claude Créach est et reste deuxième adjoint, ni plus ni moins. Pour ce qui est de savoir par quel genre de promesses ou de séductions, ce résultat important a pu être obtenu, on en est réduit aux conjectures les plus invraisemblables. Quoi qu'on dise, M. Créach aura su démontrer qu'on peut, en République, avec l'oubli des injures, pratiquer l'aplatissement dans sa plus large expression. L'installation du nouveau maire a eu lieu au son des cloches lancées à toute volée. O simplicité républicaine !

 

Le 4 mai 1881, le même journal Ar Wirionez commente une visite du préfet dans le ville sainte :

Notre correspondant de Saint-Pol-de-Léon, (...) nous a écrit que l'entrée de M. le Préfet dans cette ville avait eu lieu avec toute a pompe imaginable, et que ce haut fonctionnaire ne paraissait nullement animé de sentiments hostiles à l'endroit du clergé et de la religion, contrairement à ce que ce même reporter avait méchamment insinué. On a particulièrement remarqué le soin qu'a pris M. le Prélet d'aller rendre visite au 2° adjoint, l'honorable M. Claude Créach, retenu chez lui par une maladie subite. Nos lecteurs connaissent les tribulations de tout genre par lesquelles l'infortuné 2e adjoint a passé depuis sa nomination ; le souvenir précieux de cette visite préfectorale sera sans doute pour lui une juste et ample compensation des déboires dont l'avait abreuvé le gouvernement de la République dont il était cependant le plus ferme soutien dans celte ville, naguère encoreau pouvoir de la réaction. G. LE B.

Le Dr Jagu, cible de la presse catholique

Radical, époux successivement de deux sœurs Créach, voilà le Dr Jagu la cible de la presse catholique. Le Courrier du Finistère, organe de propagande catholique, publie en mai 1892 deux articles où le médecin est éreinté. Le premier porte sur un jugement en correctionnel à Morlaix. Et voici comment on rappelle les faits :

 

Le 17 janvier, un ivrogne, Jean Mingam, troublait par ses cris la cé­rémonie des vêpres à l’église parois­siale de Mespaul. M. l’abbé Messager, ne pouvant le faire taire, voulut le mettre à la porte et le poussa dehors. Mingam tomba et en tom­bant se fit une blessure profonde à la tête en se frappant contre une pierre. Un citoyen de Mespaul, bien connu pour ses sentiments anti-religieux, saisit cette occasion de créer des tracas à l'abbé Messager : après avoir laissé Mingam sans soin pendant 24 heures, il fit appeler le docteur Jacut, de St-Pol, radical et libre-penseur. En Esculape habile ce der­nier trouva moyen ae faire monter les frais de la maladie à 923 fr. 65 !!

Voilà du reste comment notre excellent confrère la Résistance de Morlaix, mieux placé que nous pour connaître de l’ffaire, apprécie ce ju­gement :

Le vendredi 6 mai, le tribunal de Morlaix a rendu son jugement dans la poursuite intentée à M. l’abbé Messa­ger, recteur de Mespaul.» Ce jugement, que nous publions in extenso, n'est pas de nature, oroyons-nous, à satisfaire beaucoup les man­geurs de prêtres, ceux qui se réjouis­saient de « voir un curé en police cor­rectionnelle.

Sans doute, M. le recteur de Mes­paul se voit obligé de payer une grosse somme, grosso pour un prêtre, dont la bourse est en général médiocrement garnie, allégée qu’elle est sans cesse par les aumônes et les contributions aux bonnes œuvres. Mais, cette lourde con­tribution est, à bien lire le jugement, oomparable à celle que devrait payer un homme qui, par simple imprudence, briserait involontairement quelque objet de prix. Il n’y a là rien qui entache l’honneur et compromette la considé­ration Encore, dans le cas présent, les frais à solder ne représentent-ils pas « la casse » à proprement parler, le dom­mage causé au pauvre ivrogne qui, par ses clameurs inconvenantes dans l'église a obligé le prêtre à le mettre dehors un peu vivement, comme nous ferions tous d’un importun, privé de sa raison, qui viendrait faire du tapage ohez nous

La grosse part des frais, dont M. le recteur de Mespaul est rendu respon­sable, va droit au médecin qui a eu l’heureuse fortune de soigner le blessé, c’est-à-dire à M. le docteur Jacut, de Saint-Pol-de-Léon, C’est un nom que nous avons plaisir à illustrer, car à en juger par la haute valeur qui s’attache à ses visites il égale pour le moins les praticiens les plus illustres du corps médical de Paris

M. Jacut s’entend à merveille, sem­ble-t-il, à pratiquer la saignée sur les bourses cléricales. Il lui a fallu trente-trois visites pour bien s’assurer que son client se ressen­tirait longtemps de sa chute et ces trente-trois visites, il les cote modeste­ment : cinq cents francs ! Bonnes gens du pays de Saint-Pol, ne vous cassez jamais la tête contre une pierre... à moins que vous n’ayez sous main quelque curé pour en payer les frais. Après avoir entendu M. Jacut et surtout après avoir entendu M. le pro­cureur de la République, il semblait que M. le recteur de Mespaul fut un criminel digne des plus grands châti­ments. La prison, du moins, la prison s’imposait, à ce qu’affirmait l’organe du ministère public, qui suppliait avec une énergie sans pareille messieurs les juges de l’imiter sur leurs sièges et de ne craindre ni les critiques de la presse catholique, ni même... la dynamite ! Ce que venait faire la dynamite en cette affaire, nul ne l'a su, M. le procu­reur ayant dédaigné de l’expliquer. On s’est contenté d’en rire...

 

Le même jour, le Courrier du Finistère enfonce le clou avec un second article où le Dr Jagu est mis en scène :

 

LES DÉSORDRES DE SANTEC

Depuis que M. Drouillard est rentré dans la vie politique, comme Wilson à Loches, par la petite porte de conseiller municipal de Roscoff, il nous faut si­gnaler les désordres causés par ses agissements. Dans notre dernier nu­méro nous avons raconté comment le samedi 14 mai il s’embarquait à St-Pol- de-Léon pour Roscoff. Le dimanche soir, vers les quatre heures, M. Drouillard, pour se consoler sans doute de l’échec qu'il venait d’essuyer le matin à Roscoff (il avait obtenu cinq voix), se rendit à Santec en compagnie du fameux Godec, autre­fois conseiller municipal à Saint-Pol, d'Allain Créach et de Morvan, mar­chands de vin à Saint-Pol, pour remercier les Santégois qui avaient voté pour la liste des Radicaux.

 

Après d'ampleslibations, on fit le tour du bourg en hurlant la Marseillaise. En tête du cortège était porté un drapeau, fourni, dit-on, par le docteur Jagu. Dans la foule, on remarquait M. Drouillard, ayant à ses côtés deux des plus grands... buveurs du pays. Quelques malins ajoutent même qu’il les aurait embrassé à différentes re­prises. Un moment donné, le porte-rapeau fut attaqué, et, s’il ne s’était pas retiré aussitôt, il y aurait eu rixe, le sang aurait coulé, car plusieurs de nos amis, rudes et solides gars redoutés dans le pays, trépignaient de colère en voyant notre drapeau ainsi promené par ces malandrins. M. Drouillard et ses compagnon»,s a­chant bien qu’ils ne seraient pas les plus forts, s’empressèrent de rentrer dans l’auberge de Charles Castel, pour se mettre à l'abri et se rafraîchir une dernière fois. Ils partirent pour St-Pol vers les 7 heures. Le calme se rétablissait peu à peu, lorsque vers les 7 h 1/2 Pierre Cam, l'opportuniste avéré, dans un état de surexcitation qu’expliquent les largesses de Drouillard, aperçut François Tanguy dans la cour de l'auberge de Charles Castel.

Sans aucune provocation de la part de ce dernier, Pierre Cam bondit sur lui comme un forcené et le renversa sur le dos. La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit ; aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles. Quelques braves gens le trans­portèrent chez lui ; vers les 8 h. 1/2 son état donna des inquiétudes à ceux qui l’entouraient. On alla quérir un méde­cin. Le docteur Jagu s'empressa de venir soigner le blessé. Mais il s’est bien gardé de lui prodiguer ses visites) fait à Mespaul, à l’occasion d’un semblable accident dont nous parlons aujourd’hui même. A Santec, le coupable est un oppor­tuniste et non un prêtre. De plus, c’est un pauvre hère qui souvent n’a pas un morceau de pain à mettre sous les dents, et M. Jagu tient à être payé. Pierre Cam passe pour un grand ba­tailleur et il y a plusieurs faits qui le prouvent. Le fils de François Tanguy et lui s'étaient querellés le dimanche 1er mai et avaient même échangé quelques coups de poing. A-t-il voulu se venger en s’attaquant au père le dimanche suivant ? On ignore le mobile de cet acte de sauvagerie.A ujourd’hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 francs de visite : tant mieux. Le brave Tanguy se félicite peut-être, maintenant de n’avoir pas reçu plus de visites du célèbre docteur de Saint- Pol. Toujours est-il qu’aucune enquête n'a été faite sur ces incidents. Tanguy a été blessé, grièvement blessé et, qui plus est, il a été attaqué par Cam sans aucune provocation de sa part. Ainsi donc la justice qui a sévi si brutalement pour l’affaire de Mespaul n'a encore rien fait pour celle de San­tec : nos lecteurs en tireront la con­clusion. Quant à la petite ville de Roscoff, la voilà en passe de devenir célèbre. Nous conseillons à ses édiles de la débaptiser et de l’appeler Drouillardville ou Mou-chardsville : ce sera mieux

 

Nouvel article en juin 1892

 

Le Docteur Jagu, docteur-médecin et chef du parti opportuniste de St-Pol de-Léon. envie sans doute A M. Proudhon l'hon­neur de remplir nos colonnes de sa prose. Nous avons reçu samedi dernier la lettre suivante où le célèbre docteur vante tout A la fois son talent et sa charité, sans répondre directement aux critiques que nous avons formulées contre lui. Le D' Jagu a trouvé sans doute l'occasion bonne de battre un petit coup de grosse caisse en faveur de son cabinet et il réclame l'hospitalité de nos colonnes : nous serions en droit de mettre au panier une lettre quelque peu impertinente, mais le Courrier ne craint pas la riposte quand il attaque un adversaire : voici la lettre :
« A Monsieur le Rédacteur en chef du
Courrier du Finistère, Brest. Dans votre n° du 28 mai 1892 se trouve un article intitulé : « Les désordres de Santec », qui contient sur cer­tains faits électoraux des appréciations malveillantes dont je n'ai cure; mais qui soulève ainsi une question médicale a laquelle je dois une réponse. Vous écrivez en effet, à propos d’une rixe qui a eu lieu le dimanche 15 mai, à Santec, entre un sieur Le Gain et un nommé Tanguy. « La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit. Aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles, on alla quérir un médecin. M. le Dr Jagu s'empressa de venir soigner le blessé, mais il s'est bien gardé de prodiguer ses visites comme à Mespaul à l'occasion d'un semblable accident dont nous parlons aujourd'hui. A Santec, le coupable est un opportuniste et non un prêtre. De plus un pauvre hère..."

Puis quelques lignes plus loin : « Aujourd'hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 fr. de visites. »

En un mot, vous avez voulu éta­blir identité entre les lésions de Tan­guy et celles de Mingam, la victime du curé de Mespaul.» C'est là, monsieur, de la perfidie au premier chef.

Oui, chez Mingam, le sang a jailli par le nez, la bouche et les oreilles. Il y a eu en plus écoulement du liquide céphalo-rachidien par l'oreille -Pourquoi avoir oublié dans votre parallèle ce dernier symptôme ?) C'est à dire qu'il y a eu fractures de la base du crâne (fractures de l'occipital et du rocher).
Chez Tanguy, pas une goutte de sang n'a jailli, ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. Il y a eu une simple plaie du cuir chevelu, pas l'ombre d'une fracture. Autrement dit, chez l'un il y a eu blessure à pronostic des plus sombres ; chez l’autre, une lésion à pronostic de la plus entière bénignité. Sont-ce la des accidents de semblable nature, comme vous le dites et l'écri­vez. Pourquoi donc ces mensonges ? Pour exécuter votre programme : ca­lomniez, il en restera toujours quelque chose, et surtout pour essayer de me nuire. Pour essayer de me nuire, lorsque vous insinuez que le coupable est un pauvre hère et non un prêtre... que je n’ai pas fait au blessé Tanguy pour 500 francs de visites, etc. Eh bien, Monsieur, si Tanguy eut eu besoin de 1,000 francs de visites, je me serais empressé de les lui faire. Apprenez que la médecine est le premier des sacerdoces, qu'elle Ignore le pauvre et le riche, qu'elle commence par soigner et ne connait que le malade et vous m'obligez à vous le dire si, personnellement, j'ai pu rendre quel­ques services chirurgicaux, c’est le pauvre qui en a surtout profité et j’espère qu'il en bénéficiera encore. Cela vous gêne même peut-être que j’aie soulagé parfois des infortunés., Cela vous gêne, surtout, que |e sois honoré d'une certaine confiance. C'est qu'à Santec, comme à Mespaul, je pra­tique de la médecine loyale, honnête et aussi dévouée que possible ; que le pauvre comme le riche me trouve tou­jours à sa disposition. J'entre chez les gens par la grande porte, jamais par escalier de service. Celui qui me l'indiquerait, serait du reste mal venu. Faites donc aussi de la polémique loyale : Cessez calomnies et petits moyens qui ne trompent, croyez-le bien personne. Je crains toutefois que cela ne vous soit difficile.» Veuillez agréer Monsieur le Rédac­teur en chef, l'assurance de ma parfaite considération.» Dr A. Jagu PS Je vous prie et au besoin vous requiers d'insérer ma réponse dans votre prochain numéro.» Dr A. Jagu »
Voilà qui est fait, le Dr Jagu va être content ; mais le Diafoirus opportuniste se moque des bonnes gens de Santec en disant que : « Chez Tanguy pas une goutte de sang n’a jailli ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. En effet chez Tanguy le sang ne sor­tait ni de la bouche, ni du nez, etc., mais de la plaie au cuir chevelu, plaie assez profonde puisqu’il était inondé de sang et dans un tel état qu'on courut chercher le prêtre pour lui donner les Sacrements. Le D' Jagu
n’arriva, lui, que deux heures après l'accident I! Il dit que nous avons voulu lui nuire. Vraiment non et l'insertion de sa longue lettre en est la preuve. « La médecine » est le premier des sacerdoces, dit-il ; et il ignore le pauvre et le riche. » Voilà de bons sentiments qui lui font honneur et qu'on ne lui connaissait pas encore ; tout St-Pol va être émer­veillé. Le D' Jagu mérite donc le titre de « Médecin des Pauvres »; déjà à St- Pol on lui a donné celui de « Médecin des hydropiques », personne ne s'en­tendant mieux que lui à découvrir une hydropisie ignorée. Enfln, à St-Pol l'autre jour, on me demandait si le Dr Jagu n’allait pas se retirer après fortune faite, les hono­raires de la maladie Mingam ayant dû lui laisser quelque bénéfices. On dit en effet que l'éminent Docteur aurait acheté une auberge maintenant à son nom : il serait donc tout à la fois méde­cin et aubergiste : c'est vraiment trop d'honneur. Comme je ne suis pas très au courant des faits de mon honorable correspon­dant, je lui renvoie la question : les colonnes du Courrier lui sont ouvertes. Tout St-Pol attend ses explications.A défaut de malades, it ne doit pas avoir tous les jours la bourse d’un curé à saigner : je suppose qu'au milieu de ses nombreuses occupations il trouvera encore le temps de m'écrire. — A. D.

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Quand Chevalier-Créach menait la fronde des marchands de vin

Chevalier-Créach, de Saint-Pol de Léon, fut le fer de lance en novembre 1909 des débitants et tonneliers de la région de Morlaix qui protestaient contre des impôts nouveaux. Le compte-rendu par la Dépêche.

La manifestation des négooiants en vins et des débitants, ainsi que nous l'avons annoncée, a eu lieu aujourd'hui. Dès 1 h. 30, la salle de la mairie était archi comble. Au bureau, se trouvaient M. Person, président du syndicat des marchands de vins de l'arrondissement; E. Le Marchant de Trégon, négociant ; le délégué du détail, M. Le Picart, propriétaire du Café de la Terrasse; le délégué des patrons et ouvriers tonneliers; Tieulcin et MM. F. Laurent, de Landivisiau et Chevalier-Créach, de Saint-Pol de Léon, vice-présidents du syndicat des marchands de vins. Derrière, contre le mur,
une bannière où l'on lisait, sur un côté : « Egalité pour tous, pas de privilèges » et de l'autre côté : « Pas d'impôts nouveaux, suppression du privilège des bouilleurs de crû. »
M. Person, président du syndicat, remercie les manifestants d'avoir répondu en si grand nombre à l'invitation qui leur a été adressée.
Nous allons maintenant, dit-il, remettre à M. Caries, sous«préfet, la supplique que M. Chevalier-Créach va nous lire. M. Chevalier-Créach, donne lecture de la supplique ci-dessous :
« Monsieur le sous-préfet,
« Nous venons, au nom des 84 membres du syndicat du commerce des vins en gros de la circonscription commerciale de Morlaix ; au nom de tous les hôteliers, cafetiers, débitants de boissons, employés, voyageurs, ouvriers, dont les protestations se suivent à l'adresse de nos représentants à la Chambre; au nom des patrons et ouvriers tonneliers de Morlaix, dont l'industrie est
particulièrement menacée : Vous prier de faire connaître à M. le ministre de l'Intérieur et à M. le ministre des Finances, nos justes appréhensions, aussi bien que nos vives protestations contre les propositions de la commission du budget, nous menaçant de nouvelles impositions fiscales devant (?) produire 67 millions.
« La plus importante de ces dispositions serait la majoration des droits sur l'alcool, portés de 220 à 260, soit, 40 fr.; la loi du 29 décembre 1900 les avaient déjà majorés de 56 fr. 75. Soit en neuf ans une aggravation de charges de 96 fr. 75. Depuis dix ans, nous sommes frappés à chaque budget, de quelques mesures vexatoires nouvelles. Si tous les Français étaient réellement égaux devant l'impôt, les 67 millions demandés à notre bourse seraient promptement trouvés 1 II ne nous appartient peut-être pas, d'indiquer où s'adresser pour trouver la somme nécessaire pour équilibrer le budget.
« Cependant tout le monde le crie dans diverses régions de la France : chez les bouilleurs de crû. Ces heureux citoyens sont au nombre de 1.537.705 et ne sont nullement contrôlés. Combien de millions et de millions encore qui sont dérobés au Trésor chaque année ou plutôt au commerce honnête, qui paie toujours. Nous terminons cette communication par une observation très
grave : L'application de ces nouvelles impositions si elles étaient votées par les Chambres, causerait la ruine de beaucoup de petits commerçants, atteindrait fortement certaines maisons de gros ét tous les autres verraient la fin des gains licites et honnêtes.
« Une autre considération qui se réalisera très certainement : ce sera un fléchissement Irës sensible dans la consommation, et le renouvellement, de ce qui s'est passé depuis l'application de la loi du 29 décembre 1900 qui est restée inopérante. En effet, il a été officiellement constaté que la diminution de la consommation taxée a atteint 25 % pendant la période 1899-1908. La suppression du privilège des bouilleurs de crû, serait non seulement une source de recettes qui équilibrerait le budget, mais surtout une loi juste et équitable digne du gouvernement de la République.
Nous vous offrons, monsieur le sous-préfet, nos plus respectueuses civilités.» (Suivent les signatures.)
La lecture terminée, le président dit : « Approuvez-vous les termes de la letrre à M. le sous-préfet ? — Oui ! oui I — Etes-vous d'avis... — Oui, oui ! — Nous allons maintenant déposer à la sous-préfecture nos revendications. — Oui ! oui ! Et parmi les oui ! oui ! c'étaient surtout ceux qui sortaient de la bouche des femmes, qui étaient nombreuses, qui étaient lancés avec le plus de force. M. Chevalier-Créach, donne lecture de la lettre de M. Ch. Le Febvre, maire de Morlaix, qui recommande aux manifestants de ne pas troubler l'ordre. Ce conseil a été suivi en tout points. Ça a été une manifestation digne et imposante, sur laquelle tous les manifestants de l'avenir devront prendre exemple. Pas un cri discordant, — et chose à signaler — pas un pochard.
On se dirige vers la sous-prérocture par la rue d'Aiguillon et la rue Ange de Guernisac, ayant en tête la pancarte : « Egalité pour tous ! Pas de priv èges ! pas d'impôts nouveaux ! Suppression des bouilleurs de crû. Un millier de manifestants se trouve assemblés devant la sous-préfecture Le bureau : MM. Person, Laurent, Chevalier-Oréac'h: MM. Coulan, Branellec, Lo Goff Le Gac-Bozellec. Merrien, Tanguy, Souètre, Larher Souvestre et M. Dieulcin délégué des patrons et ouvriers tonneliers sont introduits
devant M. Caries, sous=prêfet, qui les reçoit avec sa bonne grâce coutumière. Le président M. Person, remet à M. le sous-préfet la lettre de doléances citée d'autre part. M. Caries répond qu'il transmettra à M. le préfet, leurs revendications, en appuyant sur leur démarche digne et pacifique. M. Person remercie le sous-préfet au nom du syndicat du commerce de détail et des tonneliers. M. Dieulcin, au nom de la corporation des tonneliers, dit que la nouvelle loi serait un arrêt de mort pour ies tonneliers de Morlaix, qui font presque exclusivement la futaille fine, qui sera fatale, ment frappée par l'exigence des vignettes.
Un délégué, (M. Laurent) : Nous n'aurions plus le droit de mettre en tonneau il faudrait mettre tout en bouteillet et comme Morlaix fait spécialement la futaille fine, ce serait l'arrêt de mort de la tonnellerie morlaisienne.
M. le sous-préfet dit que M. Cloarec, député, a reçu une lettre du syndicat au sujet des revendications do commerce des vins. M. Laurent répond que c'est une circulaire qui a été adressée à tous les députés.
M. Branellec : Si la lettre a été jugée comminatoire, nous nous réservons de la faire au beçoin devenir comminatoire.
M. le sous-préfet : La lettre n'a pas été trouvée comminatoire par M. Cloarec, c'est en riant qu'il me l'a dit, et il sera le premier à soutenir vos revendications, car il ne sait pourquoi les commerçants en vins seront toujours surchargés d'impôts et les bouilleurs de crû pas.
M. Laurent : Si ces impôts nouveaux étaient votés, le commerce de vins ne serait plus possible; autant vaudrait aller casser des cailloux sur les routes.
M. Chevalier-Créac'h : Voudriez-vous, monsieur le sous-préfet, venir répéter aux manifestants qui sont -là, dans la rue, la bonne parole que vous venez de nous dire ?
M. le sous-préfet : Bien volontiers.
Les délégués et M. le sous préfet descendent dans la rue. M. Caries, s'adressant aux manifestants dit : « Je viens de recevoir du bureau du syndicat des marchands de vins et de la corporation des tonneliers de Morlaix leurs revendications au sujet des nouveaux impôts. Je leur ai répondu que par moi-même je n'y pouvais rien, mais que je transmettrai leurs revendications à M, le préfet du Finis-tère. Je lui dirai que votre manifestation a été calme, digne, et soyez assurés, que nous ferons tout notre possible pour vous donner satisfaction. » On répond : « Merci ! Bravo !»
Et les manifestants et manifestantes, toujours calmes et dignes, retournent à l'hôtel de ville déposer la bannière revendicatrice et se dispersent dans tous les coins de la ville pour prendre
quelques consommations àb on compte, avant que M. Cochery les fasse renchérir.

La mort tragique d'Albert Chevalier

Epoux de Reine Créach, Albert Chevalier fut une personnalité de Saint-Pol. Il fréquentait Kerhoant. Et Kerhoant fréquentait son entrepôt de vin. Sa mort tragique le 2 janvier 1934 :

Hier après-midi, vers 13 h. 40, un agent du service d'électricité de la voie ferrée découvrait, entre La Forest et Kerhuon, exactement au kilomètre 010 et à environ 1.500 mètres de La Forest (direction Landerneau), le cadavre d'un homme étendu entre des deux voles. Il avait une partie de la face emportée et les jambes brisées à hauteur des genoux. Le cheminot alerta aussitôt le chef de gare de Kerhuon, qui avisa la gendarmerie de Landerneau, le maire de Guipavas et !e docteur Lavenant. Peu après, M. Courtin. commissaire spécial adjoint à Brest, était également alerté. Accompagné de M.M. Bothorel, chef de district, et l'inspecteur des chemins de fer de l'Etat, il se rendit sur les lieux pour procéder aux premières constatations.

L'enquête
 

Dans les vêtements du défunt, on découvrit des papiers d'identité au nom de M. Albert Chevalier, âgé de 69 ans, négociant en vins à Saint-Pol-de-Léon, président du syndicat d'initiatives de cette ville et vice-président de la Chambre de commerce de Morlaix. Dans la poche du gilet se trouvait un billet de chemin de fer de 2e classe, valable pour le parcours Morlaix-Brest. D'après les premiers renseignements recueillis, il résulte que M. Chevalier avait quitté Saint-Pol-de-Léon à 10 h 15 pour Morlaix, dans le but d'aller présenter ses vœux.à M. Rams, président de la Chambre de commerce. Il devait ensuite visiter une des « Michelines » dont le premier voyage, entre Brest et Morlaix, avait eu lieu la veille. Pour une raison qui n'a pu encore être établie, M. Chevalier se rendit à la gare de Morlaix et prit, à midi 20, le train 5231 en partance pour Brest. Entre La Forest et Kerhuon, au mo-ment ou le convoi atteint la vitesse de 70 kilomètres, M. Chevalier se rendit à la toilette, après avoir déposé son chapeau sur la banquette de son wagon de 2e classe. Il voulut ensuite regagner son compartinfent; mais, au lieu d'ouvrir la porte du couloir, le voyageur poussa celle donnant accès sur la voie, et tomba sur le ballast. Personne, dans le compartiment, ne s'était aperçu de l'accident. A l'arrivée du train en gare de Brest, une voyageuse prévint un employé qu'un chapeau — celui de M. Chevalier — se trouvait sur la banquette du compartiment occupé, quelques minutes avant, par le défunt. M. Chevalier, qui était président du Conseil d'administration de la Société d'éclairage électrique, de Saint-Pol-de-Léon, délégué-cantonal et membre de sociétés diverses, jouissait de la sympathie générale. Nous présentons à sa famille nos bien sincères condoléances.

Le Dr Jagu

  Le Dr Jagu était fils d'un capitaine originaire du Morbihan, chevalier de la Légion d'Honneur. Etabli à Saint-Pol,il se maria successivement avec deux sœurs Créach et fut un homme de gauche.
Le Courrier du Finistère, organe de propagande catholique, publie en juin 1892 l'article suivant :
Le Docteur Jagu, docteur-médecin et chef du parti opportuniste de St-Pol de-Léon. envie sans doute A M. Proudhon l'hon­neur de remplir nos colonnes de sa prose. Nous avons reçu samedi dernier la lettre suivante où le célèbre docteur vante tout A la fois son talent et sa charité, sans répondre directement aux critiques que nous avons formulées contre lui. Le D' Jagu a trouvé sans doute l'occasion bonne de battre un petit coup de grosse caisse en faveur de son cabinet et il réclame l'hospitalité de nos colonnes : nous serions en droit de mettre au panier une lettre quelque peu impertinente, mais le Courrier ne craint pas la riposte quand il attaque un adversaire : voici la lettre :
« A Monsieur le Rédacteur en chef du Courrier du Finistère, Brest. Dans votre n° du 28 mai 1892 se trouve un article intitulé : « Les désordres de Santec », qui contient sur cer­tains faits électoraux des appréciations malveillantes dont je n'ai cure; mais qui soulève ainsi une question médicale a laquelle je dois une réponse. Vous écrivez en effet, à propos d’une rixe qui a eu lieu le dimanche 15 mai, à Santec, entre un sieur Le Gain et un nommé Tanguy. « La tête de Tanguy porta sur un gros galet et le crâne se fendit. Aussitôt le sang jaillit par la bouche, le nez et les oreilles, on alla quérir un médecin. M. le Dr Jagu s'empressa de venir soigner le blessé, mais il s'est bien gardé de prodiguer ses visites comme à Mespaul à l'occasion d'un semblable accident dont nous parlons aujourd'hui. A Santec, le coupable est un opportuniste et non un prêtre. De plus un pauvre hère..."
 

 

Puis quelques lignes plus loin : « Aujourd'hui le blessé est hors de danger sans que le Dr Jagu ait fait pour 500 fr. de visites. »

» En un mot, vous avez voulu éta­blir identité entre les lésions de Tan­guy et celles de Mingam, la victime du curé de Mespaul.» C est là, monsieur, de la perfidie au premier chef.

Oui, chez Mingam, le sang a jailli par le nez, la bouche et les oreilles. Il y a eu en plus écoulement du liquide céphalo-rachidien par l'oreille -Pourquoi avoir oublié dans votre parallèle ce dernier symptôme ?) C'est à dire qu'il y a eu fractures de la base du crâne (fractures de l'occipital et du rocher).
Chez Tanguy, pas une goutte de sang n'a jailli, ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. Il y a eu une simple plaie du cuir chevelu, pas l'ombre d'une fracture. Autrement dit, chez l'un il y a eu blessure à pronostic des plus sombres ; chez l’autre, une lésion à pronostic de la plus entière bénignité. Sont-ce la des accidents de semblable nature, comme vous le dites et l'écri­vez. Pourquoi donc ces mensonges ? Pour exécuter votre programme : ca­lomniez, il en restera toujours quelque chose, et surtout pour essayer de me nuire. Pour essayer de me nuire, lorsque vous insinuez que le coupable est un pauvre hère et non un prêtre... que je n’ai pas fait au blessé Tanguy pour 500 francs de visites, etc. Eh bien, Monsieur, si Tanguy eut eu besoin de 1,000 francs de visites, je me serais empressé de les lui faire. Apprenez que la médecine est le premier des sacerdoces, qu'elle Ignore le pauvre et le riche, qu'elle commence par soigner et ne connait que le malade et vous m'obligez à vous le dire si, personnellement, j'ai pu rendre quel­ques services chirurgicaux, c’est le pauvre qui en a surtout profité et j’espère qu'il en bénéficiera encore. Cela vous gêne même peut-être que j’aie soulagé parfois des infortunés., Cela vous gêne, surtout, que |e sois honoré d'une certaine confiance. C'est qu'à Santec, comme à Mespaul, je pra­tique de la médecine loyale, honnête et aussi dévouée que possible ; que le pauvre comme le riche me trouve tou­jours à sa disposition. J'entre chez les gens par la grande porte, jamais par escalier de service. Celui qui me l'indiquerait, serait du reste mal venu. Faites donc aussi de la polémique loyale : Cessez calomnies et petits moyens qui ne trompent, croyez-le bien personne. Je crains toutefois que cela ne vous soit difficile.» Veuillez agréer Monsieur le Rédac­teur en chef, l'assurance de ma parfaite considération.» Dr A. Jagu PS Je vous prie et au besoin vous requiers d'insérer ma réponse dans votre prochain numéro.» Dr A. Jagu »
Voilà qui est fait, le Dr Jagu va être content ; mais le Diafoirus opportuniste se moque des bonnes gens de Santec en disant que : « Chez Tanguy pas une goutte de sang n’a jailli ni par le nez, ni par la bouche, ni par l'oreille. En effet chez Tanguy le sang ne sor­tait ni de la bouche, ni du nez, etc., mais de la plaie au cuir chevelu, plaie assez profonde puisqu’il était inondé de sang et dans un tel état qu'on courut chercher le prêtre pour lui donner les Sacrements. Le D' Jagu n’arriva, lui, que deux heures après l'accident I! Il dit que nous avons voulu lui nuire. Vraiment non et l'insertion de sa longue lettre en est la preuve. « La médecine » est le premier des sacerdoces, dit-il ; et il ignore le pauvre et le riche. » Voilà de bons sentiments qui lui font honneur et qu'on ne lui connaissait pas encore ; tout St-Pol va être émer­veillé. Le D' Jagu mérite donc le titre de « Médecin des Pauvres »; déjà à St- Pol on lui a donné celui de « Médecin des hydropiques », personne ne s'en­tendant mieux que lui à découvrir une hydropisie ignorée. Enfln, à St-Pol l'autre jour, on me demandait si le Dr Jagu n’allait pas se retirer après fortune faite, les hono­raires de la maladie Mingam ayant dû lui laisser quelque bénéfices. On dit en effet que l'éminent Docteur aurait acheté une auberge maintenant à son nom : il serait donc tout à la fois méde­cin et aubergiste : c'est vraiment trop d'honneur. Comme je ne suis pas très au courant des faits de mon honorable correspon­dant, je lui renvoie la question : les colonnes du Courrier lui sont ouvertes. Tout St-Pol attend ses explications.A défaut de malades, it ne doit pas avoir tous les jours la bourse d’un curé à saigner : je suppose qu'au milieu de ses nombreuses occupations il trouvera encore le temps de m'écrire. — A. D.

L'abbé Yves Moal

Notre enquête progresse concernant l'abbé Yves Moal, martyr du 6 juin 44.  Aux AD29, M. Léoni a retrouvé son acte de naissance. Il est né à Kergoff (prononcez Kego), ferme de Saint-Pol toute proche de Kerhoant, le 6 juillet 1922, de Jean-Marie Moal, Cultivateur de 48 ans, et de Marie-Jeanne Carrer, cultivatrice de 38 ans. Jean-Marie Olier, commerçant de la rue du Colombier et Joseph Milin, cultivateur de Kerzéniel, Plougoulm, déclarèrent cette naissance à François du Halgoët, adjoint au maire.

Un frère d'Yves, François Moal, se serait établi dans le Lot-et-Garonne où il aurait descendance. Rappelon que la présidente de l'association qui rend chaque année hommage à l'abbé Moal cherche à contacter sa famille...

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